SALTYKOV-CHTCHÉDRINE MIKHAÏL EVGRAFOVIČ (1826-1889)

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Les grandes œuvres

Ainsi rendu à la littérature, Saltykov publia dans les Annales de la Patrie plusieurs contes ésopiques, c'est-à-dire assez allégoriques pour que la censure ne s'abattît pas aussitôt sur la revue : les plus célèbres sont Comment un paysan réussit à nourrir deux généraux (Povest' o tom, kak odin mužik dvukh generalov pokormil) et Les Enfants gâtés (Isporčennye deti), où le jeune Gricha préfigure le dictateur Ougrioum-Bourtchéiev. D'autres cycles de récits ou d'essais paraissent dans la revue, où, sous diverses formes, Saltykov attaque à la fois l'imposture du libéralisme et la brutalité du conservatisme ; il prend aussi la défense de la France écrasée par Bismarck.

Le meilleur cycle satirique s'étend de 1863 à 1874 et se compose de deux groupes étroitement reliés : Messieurs et Mesdames de Pompadour (Pompadury i pompadurši, 1869-1870) et l'Histoire d'une ville (1869-1870). Les « Pompadours » sont ces gouverneurs de province que Saltykov ne connaissait que trop, et qu'il dépeint en de burlesques variations sur le thème fondamental de l'arbitraire qu'ils font tous peser sur leurs administrés. La figure qui domine le cycle entier est celle d'Ougrioum-Bourtchéiev, inspirée par le redouté ministre d'Alexandre Ier, Araktchéiev : un quart de siècle avant Ubu, ce personnage incarne le despotisme obtus et destructeur, d'autant plus redoutable qu'il fascine les habitants de Gloupov et obtient d'eux les marques de la plus abjecte soumission. L'Histoire d'une ville peut être considérée comme l'ouvrage le plus caractéristique et le plus inquiétant de Saltykov.

Sensible aux changements sociaux causés par l'émancipation, Saltykov dénonce ceux qu'il appelle les « rapaces » (khiščniki), spéculateurs et aventuriers de tout acabit profitant à la fois du déclin accéléré de la propriété féodale et de l'essor industriel ; ce sont les Messieurs de Tachkent (Gospoda Taškency, 1869-1872) et les Discours bien intentionnés (Blagonamerennye reči, 1872-1876), ainsi que leurs homologues du monde littéraire, ces « libéraux » qui s'adonnent à l'« écrémage », décrits dans le Journal d'un provincial à Saint-Pétersbourg (Dnevnik provinciala v Peterburge) paru en 1872.

Au cours d'un premier voyage à Paris en 1875, Saltykov commença Les Golovlev (Gospoda Golovlevy) qu'il publia en 1875-1876 et acheva en 1880. C'est le seul roman proprement dit de Saltykov et l'œuvre qui fit le plus pour sa gloire. Largement autobiographique, cet ouvrage tient plus de la chronique familiale que du roman de facture classique. Mais au rebours de la Chronique de S. T. Aksakov, Les Golovlev dénoncent l'hypocrisie du lien familial en le ramenant à deux principes antagonistes, la tyrannie, incarnée sous une forme primitive par Arina Pétrovna ou enveloppée dans les vertueux discours de son fils Ioudouchka, et la révolte plus ou moins déclarée de tous les autres membres de la famille. De façon inattendue, l'arrivée d'une nièce déchue amène Ioudouchka à déchirer lui-même son pharisaïsme. Par ce roman, peut-être Saltykov se libérait-il de souvenirs pénibles tout en poursuivant sa dénonciation des « fantômes » qui peuplent la vie sociale et en analysant le déclin d'une classe oisive ?

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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RUSSIE (Arts et culture) - Le théâtre

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Michel CADOT, « SALTYKOV-CHTCHÉDRINE MIKHAÏL EVGRAFOVIČ - (1826-1889) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mikhail-evgrafovic-saltykov-chtchedrine/