HULIN MICHEL (1936-1988)

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Né à Vire en 1936, Michel Hulin a illustré les diverses facettes du métier de physicien : chercheur, professeur, organisateur. À la tête, durant cinq années, du palais de la Découverte, il étendit à l'illustration d'autres disciplines scientifiques l'acquis remarquable d'une carrière trop brève, mais très dense.

D'une famille d'enseignants (lettres et histoire), il faisait montre d'une vaste érudition humaniste et exprimait une pensée originale sur les sciences avec précision et facilité. Il laisse, à côté d'une production scientifique importante, plus d'une douzaine de livres d'enseignement et de vulgarisation dans les diverses sous-disciplines de la physique.

Formé aux lycées Marcellin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés et Charlemagne à Paris, puis à l'École normale supérieure, il se plia à la discipline de la préparation à l'agrégation des sciences physiques, toucha à la chimie théorique dans le laboratoire de Bernard Pullmann et rejoignit le groupe de physique des solides de Pierre Aigrain au laboratoire de l'E.N.S., où il travailla sous la direction de Philippe Nozières.

Il eut alors le rare bonheur d'utiliser des outils mathématiques rigoureux, essentiellement la théorie des groupes, pour faire progresser la physique des solides sans perdre le contact avec les aspects expérimentaux des phénomènes qu'il expliquait ou prévoyait. Le milieu où il évoluait se prêtait à ce double succès, mais sa vaste culture et l'exigence intellectuelle dont il fit toujours preuve aidaient à la réussite de ses entreprises. Ainsi, ayant choisi comme élément chimique le tellure pour illustrer ses théories, il s'y consacra près de dix ans et en expliqua avec rigueur tous les comportements. La méthode avait cependant une portée plus générale : la détermination théorique de la structure des bandes d'énergie électronique dans les semi-conducteurs. Il acquit, dans ce domaine, une notoriété internationale. À l'aide cette fois de la topologie, il s'attaqua ensuite au problème des solides amorphes, c'est-à-dire non cristallisés en réseau régulier, semi-conducteurs et « parfaits », en l'occurrence dépourvus de liaisons chimiques rompues. À la différence de ses prédécesseurs, il tint à choisir des types de solides présentant un désordre limité, afin de parvenir à des calculs exacts de la densité d'états en énergie, d'où découlent les propriétés électriques de ces solides.

Il ne se déroba pas aux tâches collectives et assura, dès le début de sa carrière de chercheur, les fonctions de sous-directeur du laboratoire de physique de l'E.N.S. Il seconda ainsi le professeur Yves Rocard, rendant plus souple et plus efficace un ensemble d'équipes prestigieuses dirigées alors par Alfred Kastler, Pierre Aigrain, Jean Brossel, Maurice Lévy et Yves Rocard lui-même.

Plus tard, en 1976, il accepta pour deux ans la direction du groupe de physique des solides de l'E.N.S., où près de deux cents personnes travaillaient tant sur place qu'à l'université de Paris-VII. Il en assuma pleinement la direction aussi bien administrative et financière que scientifique. Il développa de multiples initiatives au nombre desquelles les définitions d'une véritable « politique de recherche », la création d'outils expérimentaux nouveaux (impulsions optiques aussi brèves que la pico-seconde, étude des propriétés des surfaces, généralisation du recours à l'informatique). Mais il dut mettre par là même un terme à sa carrière de théoricien des solides.

Il opéra alors une reconversion. Depuis plusieurs années, il suivait les recherches faites dans le monde sur la didactique de la physique. Depuis 1965, il enseignait à l'université Pierre-et-Marie-Curie et, depuis 1970, assurait également des cours de formation pour professeurs de physique des lycées. Sa rigueur intellectuelle l'avait amené à se tenir au courant des innovations en matière de pédagogie : il voulait aussi mieux comprendre les processus mentaux d'apprentissage de nouveaux concepts, et en déduire les inflexions à donner tant aux stratégies d'enseignement qu'aux plus humbles détails de l'acte d'enseigner.

Peut-être est-ce dans ce domaine que son action fut la plus originale et, espérons-le, la plus féconde : bien qu'il employât tous les canaux des sociétés savantes, des commissions de réforme de la pédagogie et des revues anglo-saxonnes sur le sujet, il ne trouva pas en France, pays très en retard sur ces sujets, le cadre adéquat à l'exposé d'ensemble de ses conclusions en didactique. Il regrettait lui-même de les trouver encore éparses dans une quinzaine de rapports internes réalisés pour divers groupes de travail.

C'est à la direction du Palais de la Découverte, de janvier 1984 jusqu'à sa disparition, qu'il donna la pleine mesure de ses talents d'organisateur et de vulgarisateur.

Cet établissement prestigieux avait fait appel à lui quelques années auparavant pour assurer le renouvellement et l'animation de ses prestations en physique. Michel Hulin voulut d'abord évaluer les expositions existantes, ce qu'il fit avec ses étudiants.

En moins de cinq ans, il créa sept salles nouvelles, vingt-six expositions temporaires, dégagea de leurs marouflages les meilleures perspectives architecturales de ce superbe monument, digne pendant du musée d'Orsay, soutint la concurrence de la jeune Cité des sciences et de l'industrie. Il le fit avec de maigres budgets, quelquefois même dans l'adversité ; mais il avait la foi, le souci de glaner, dans les réalisations récentes d'une politique française d'information scientifique et techúnique qu'il soutenait, le meilleur des idées pour les adapter aux moyens du Palais.

Il souhaitait établir plus de liaisons avec le monde économique afin, écrivait-il, de « développer la présentation, au Palais de la Découverte, de la vie économique de la nation à travers ses composantes les plus techniques et les plus directement liées aux connaissances scientifiques et à leur développement ; assurer ainsi un surcroît de ressources à l'établissement ; s'inscrire enfin dans l'effort général de mise en relation du monde universitaire et du milieu économique ». Son dévouement aux multiples causes des disciplines scientifiques l'amena à assurer la présidence du jury d'agrégation des sciences physiques, à siéger au jury de concours de maintes grandes écoles d'ingénieurs, à animer, au sein de la Société française de physique, la réflexion sur l'enseignement. Il fit partie des comités de rédaction de diverses revues européennes. Mais l'Europe ne bornait pas son horizon : dès 1977, il fut étroitement associé aux activités de l'École francophone sur l'enseignement de la physique, créée par Abdus Salam et Alfred Kastler pour résoudre les problèmes rencontrés par l'enseignement des sciences et des technique [...]

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Écrit par :

  • : directeur général-adjoint de la Cité des sciences et de l'industrie
  • : délégué aux affaires scientifiques de la cité des sciences et de l'industrie

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Pour citer l’article

Jacques BLANC, James HIEBLOT, « HULIN MICHEL - (1936-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-hulin/