DE KLERK MICHEL (1884-1923)

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Né, et mort, à Amsterdam dans une famille modeste et nombreuse, Michel De Klerk n'eut pas la possibilité de poursuivre des études d'architecte de façon classique. Il apprit son métier dans l'agence d'Édouard Cuypers, le neveu du constructeur du Rijksmuseum, tout en suivant des cours du soir. De Klerk profita largement de l'ambiance chaleureuse qui régnait dans ce bureau ; Cuypers permettait en effet à ses collaborateurs de participer à tous les concours et les encourageait à utiliser sa bibliothèque. Franc-maçon idéaliste comme beaucoup d'architectes néerlandais à cette époque, De Klerk ne tarda pas à collaborer à la revue d'avant-garde Wendingen, et il affichait un socialisme sentimental bien dans l'air du temps, surtout à Amsterdam.

Depuis le début du xxe siècle, l'architecture, aux Pays-Bas, était dominée par la personnalité de Henrik Berlage (1856-1934), l'auteur célèbre de la Bourse d'Amsterdam, monumental édifice qui allait imposer un idéal d'objectivité constructive, à la fois dans le refus des artifices comme des exploits techniques. D'importantes commandes de logements ouvriers furent ensuite passées au Maître et à de jeunes architectes travaillant dans le même esprit rationaliste. Ainsi se constitua la première école d'Amsterdam qui compta, entre autres bâtisseurs, De Bazel, Kromhout et Walenkamp.

En 1916, De Klerk va attaquer nommément Berlage — et indirectement ses disciples — dans un violent article où il l'accuse d'avoir été incapable d'exprimer architecturalement un moment d'une culture : « Il ne sent pas ou du moins ne nous a jamais montré qu'il sentait effectivement ce qui caractérise le moderne, la nouveauté pétillante, le sensationnel choquant et impressionnant. » Ce texte, trop peu connu, est un véritable manifeste d'architecture expressionniste, la tendance qui caractérisera la deuxième école d'Amsterdam avec De Klerk, Kramer et Van Der May.

Lorsqu'il s'en prend à Berlage, De Klerk a déjà édifié, de 1913 à 1915, sa première œuvre, un immeuble pour l'entrepreneur Klaas Hille, dans un quartier sud d'Amsterdam. L'accompagneront bientôt deux autres réalisations pour la société Eigen Haard — une association d'employés de chemins de fer — achevées en 1916 et en 1920. La distribution intérieure des logements — 54 mètres carrés de superficie pour trois pièces — n'affirme aucun progrès depuis la typologie des premières habitations sociales à Amsterdam : il n'y a toujours pas de salle d'eau.

Toutefois, l'ensemble est magnifié par une tour de 28 mètres de haut dans un but purement visuel : elle n'est pas accessible et ne remplit aucune fonction pratique. Mais ce sont surtout ses façades travaillées comme des sculptures qui ont fait la renommée de Michel De Klerk en l'opposant nettement à la rationalité de Berlage. Effets d'appareil, décrochements subtils, rotules de liaison compliquées à plaisir attestent une volonté de provocation, un désir d'affirmer un geste expressionniste en faisant appel à l'art populaire des pays scandinaves — visités par De Klerk en 1911 —, à celui des Indes néerlandaises et peut-être même au souvenir des villas de l'Autrichien J. M. Olbrich construites à Darmstadt en 1900.

Désireux de bâtir des « palais ouvriers », De Klerk et ses émules, travaillant sans contraintes sur des maquettes en plastiline, ont réduit leur architecture à la composition des façades, une indifférence totale étant réservée au plan intérieur. Pour la première fois en Europe, le logement social, incomparable laboratoire d'expériences, échappait à la stricte rationalité exigée autant par les « philanthropes » que par les autorités officielles préoccupées par le logement des masses. Violemment rejeté par les fidèles du Mouvement moderne, cet exemple « baroque » réapparaît en force dans le postmodernisme.

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Roger-Henri GUERRAND, « DE KLERK MICHEL - (1884-1923) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-de-klerk/