OPPENHEIM MÉRET (1913-1985)

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« Les femmes ont des idées nouvelles ? Toute idée nouvelle est une agression. Cette qualité qu'est l'agression contredit absolument l'image de la féminité que l'homme se fait de la femme et qu'il projette sur elle [...]. Les hommes eux aussi font partie d'un élevage aussi singulier que celui des femmes et, comme elles, ils se font d'eux-mêmes une idée tout à fait déformée... » Cet extrait d'une allocution prononcée à Bâle par Méret Oppenheim, en 1974, ne rend que confusément compte de sa singularité, et n'éclaire guère sa trajectoire. Un désir évident et quasi naïf de scandale « en mineur » a irrigué une production qui reste à la fois célèbre (le Déjeuner en fourrure est l'un des objets pilotes du xxe siècle) et confidentielle.

Née en 1913 d'un père allemand et d'une mère suisse à Berlin, Méret Oppenheim passe le premier conflit mondial chez sa grand-mère maternelle, peintre amateur et écrivain, en territoire suisse « au sud de la Forêt-Noire ». À sept ans, elle dessine « le diable qui mange les enfants », et, à treize, découvre à la fois les expressionnistes, les fauves et les cubistes. En 1930, elle fréquente l'École des arts et métiers de Bâle, y acquiert un sens et un goût du bricolage qu'elle transmutera en poésie. De cette époque date Le Cahier d'une écolière, qui groupe quelques dessins mêlés de collages autour d'une équation ou X = un lapin rouge. Dès 1932, elle arrive à Paris, rencontre Hans Arp, Alberto Giacometti, Max Ernst : elle s'installe à Paris en 1934, définitivement croit-elle, et expose aux Surindépendants en compagnie des surréalistes, se liant plus particulièrement avec Breton et avec Man Ray, qui fera d'elle de célèbres et admirables photographies, dont plusieurs nus.

Son appétit de vivre s'exprime dans quelques formules choc de catalogues : « Le printemps vient en mille feuilles de beurre frais. » Sa peinture porte des titres comme : Anatomie d'une femme morte (1934) ou Une minute sans danger, expressions d'une angoisse qui n'ignore pas l'humour (Tête de noyé est un morceau de bois peint en bleu et incrusté d'amandes de sucre) mais qui cherche encore son issue. Il faut noter que beaucoup d'huiles, de collages et d'objets de cette époque ont disparu dans les aléas de la guerre, quelques-uns n'étant connus que par des photos dues à Dora Maar. C'est le cas de Ma Gouvernante : deux souliers de femme présentés comme deux gigots ficelés ensemble, y compris les talons ornés de collerettes de papier. En 1936, Ma Gouvernante figure à l'exposition d'objets chez Charles Ratton, ainsi que Le Déjeuner en fourrure, créé, semble-t-il, sur une invite d'Elsa Schiaparelli, pour laquelle Méret Oppenheim dessine quelques ornements (aujourd'hui au Museum of Modern Art, New York).

Vers 1938, retournée à Bâle, l'artiste invente des meubles et exécute des peintures dans un style plus « fantastique » (La Fiancée de Soleure distribuant des chauves-souris au peuple affamé, coll. part. Berne, 1939), voire allégorique (Guerre et Paix, 1941, Kunstmuseum, Bâle). Elle crée aussi des costumes de ballets. Sa production se ralentit considérablement, et sans doute en partie volontairement, après 1944. Elle suit une psychanalyse « jungienne », se marie (1949) et ne crée que quelques tableaux et quelques gouaches. Elle participe cependant à diverses expositions, notamment à l'étranger. En 1956, la galerie parisienne d'obédience surréaliste, À l'étoile scellée, lui consacre une grande exposition particulière. Elle est découverte, à cette époque, par des écrivains comme André Pieyre de Mandiargues ou Alain Jouffroy, pour lesquels elle n'était guère qu'un « souvenir » mythique. Elle réalise nombre d'anciens projets (La Vénus primitive, sculpture qui participe d'une influence d'Arp ; Le Couple, deux fortes galoches soudées par le bout, face à face). Elle prête son concours à la création au Kleine Theater de Bâle du Désir attrapé par la queue de Picasso, et à la fracassante vente qui s'ensuit dans les caves du théâtre : les costumes et objets exposés trouvent des acquéreurs... qui refusent de les payer ! Méret Oppenheim a repris alors une activité créatrice qu'on pourrait qualifier de normale, mais qui reste indéfectiblement marquée par l'expérience d'une jeunesse en rupture de ban. En 1959-1960, elle propose au groupe surréaliste parisien un Festin d'un genre inédit et en surveille l'agencement : il s'agit, dans le [...]

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Gérard LEGRAND, « OPPENHEIM MÉRET - (1913-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/meret-oppenheim/