MÈRE TERESA (1910-1997)

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Au beau milieu d’un xxe siècle largement sécularisé, mère Teresa fut un témoin intransigeant de la foi religieuse traditionnelle. Elle a su capter la soif de spiritualité du monde entier, attirant à elle des soutiens bien au-delà de l'Église catholique, et fut tenue pour un suprême exemple d'humilité, de dévotion et de charité envers les plus pauvres parmi les pauvres.

Mère Teresa

Photographie : Mère Teresa

Mère Teresa consacra sa vie à soulager, en Inde, la misère des déshérités. Elle travaille ici, vers 1970, dans un orphelinat de Calcutta. 

Crédits : Mark Edwards/ Keystone Features/ Hulton Archive/ Getty Images

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À une époque où la plupart des ordres religieux rencontraient des difficultés à susciter des vocations nouvelles, la congrégation qu’elle fonda en 1950, Les Missionnaires de la charité, n'a cessé de se développer. Mère Teresa était, au moment de sa mort, survenue le 5 septembre 1997, à la tête d'un ordre comptant quatre mille sœurs réparties dans cent trente pays. Béatifiée le 19 octobre 2003 par Jean Paul II, elle fut canonisée le 4 septembre 2016 par le pape François.

La plus jeune de trois enfants, elle est née sous le nom d'Agnès Gonxha Bojaxhiu le 27 août 1910 à Skopje (alors en Macédoine), de parents albanais. Son père, militant nationaliste, fut assassiné probablement lors d'un complot politique, alors qu'elle avait huit ans. Dans une famille privée d'hommes après le départ de son frère pour l'armée, elle grandit dans une décente pauvreté. Sous l'influence des pères jésuites qui l'avaient convaincue de la nécessité de répondre aux appels des missions catholiques en Inde, elle rejoignit en 1928 la congrégation irlandaise des Sœurs de Loreto, dans le but d'être envoyée dans le sous-continent.

Après six mois d'apprentissage de l'anglais à Dublin, elle partit pour Darjeeling, puis pour le couvent des Sœurs de Loreto à Calcutta. Pendant quelque vingt ans, elle eut pour seule mission, dans l'enceinte semi-cloîtrée, d'enseigner l'histoire et la géographie aux jeunes filles bengali de bonne famille. En 1937, peu après avoir prononcé ses vœux définitifs, elle fut nommée directrice de l'une des écoles du couvent.

En août 1946, Calcutta souffrait du contrecoup des destructions et de la désorganisation apportées par la Seconde Guerre mondiale en même temps qu'elle affrontait une terrible famine. De plus, la ville fut livrée à la violence et à la haine entre les communautés musulmane et hindoue au moment du retrait de l'administration impériale britannique. C'est alors que mère Teresa ressentit l'appel de Dieu pour fonder son propre ordre religieux. Elle ne parvint pas à convaincre tout de suite sa hiérarchie et, lorsqu'elle quitta finalement son ordre, il fut prescrit aux religieuses de ne pas commenter sa décision et de seulement prier pour son âme. Elle suivit alors pendant quelques mois une formation auprès des sœurs de la Mission médicale à Patna (État du Bihar), qui tentèrent de la faire revenir sur ses principes austères, en lui objectant qu'à vouloir seulement se nourrir de riz et de sel, comme elle et ses compagnes le prétendaient, pour s'identifier aux pauvres, elles manqueraient bientôt de la force nécessaire pour les aider.

Émeutes de Calcutta, 1946

Photographie : Émeutes de Calcutta, 1946

2 000 morts et 4 000 blessés : c'est l'estimation du nombre des victimes des émeutes de Calcutta, aux Indes, en 1946, qui opposèrent hindous et musulmans. 

Crédits : Hulton Getty

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Déjà vêtue du sari blanc de mauvais coton liséré de bleu, elle retourne à Calcutta pour fonder une école dans les quartiers pauvres, non loin de son ancien couvent. Elle se met à visiter les familles miséreuses auxquelles elle apporte souvent des médicaments indispensables qu'elle a elle-même quémandés auprès des pharmacies. Quoiqu'elle fût bientôt une figure connue à Calcutta, qui apprit à compter avec la force de son caractère, ce n'est qu'à partir de 1968 qu'elle fit son entrée sur la scène internationale, grâce au film et au livre que l'écrivain britannique Malcolm Muggeridge – à l'époque encore agnostique – lui consacre (sous le titre unique de Something Beautiful for God). Les trente années qui suivent voient affluer des milliers de personnes pour prêter leur concours à son institution la plus célèbre : la maison des mourants, appelée Nirmal Hriday ou « Maison des cœurs purs », où elle entendait donner à ceux qui avaient été délaissés toute leur vie la possibilité de mourir au moins avec dignité.

Le monde entier la couvrit d'honneurs, entre lesquels il faut citer le prix Nobel de la paix, qui lui fut décerné en 1979. C'est lors de la réception de ce prix qu'elle déclara impromptu son opposition sans compromis à l'avortement « le plus grand destructeur de la paix [...] parce qu'il est une guerre, une mise à mort, un meurtre directement commis par la mère elle-même ».

Ses opinions, jugées excentriques par certains, n'ont jamais sérieusement terni son immense réputation de sainte vivante. En Inde, pays affligé par la surpopulation, ceux qui jugeaient ses principes de régulation naturelle des naissances complètement inadaptés à la situation se tinrent cois. Cependant, durant la dernière décennie de sa vie, elle fut publiquement critiquée en Occident, non seulement pour son opposition implacable à l'avortement, à la contraception et au divorce, mais aussi pour l'indigence sanitaire de ses asiles, ses conceptions théologiques rétrogrades assimilant la souffrance à une occasion de rédemption, son opposition à l'éducation et à la formation de ses religieuses et son autoritarisme à l'égard de son ordre, enfin sa fréquentation peu regardante de dictateurs sans scrupules et de financiers douteux. Tout au long de ces années, mère Teresa souffrit constamment de maladie, et ses séjours dans des hôpitaux privés, alors que ses asiles continuaient d'ignorer les analgésiques, furent considérés par certains comme une preuve de contradiction, sinon d'hypocrisie.

Pour le plus grand nombre, pourtant, cette petite femme de 1,47 m, au visage ridé et au menton volontaire, a monopolisé l'imaginaire en tant que véritable icône divine et rien ne pouvait venir troubler cette vision. Elle a incontestablement poussé des milliers de personnes à un examen de conscience et suscité l'expression de leur amour pour leurs frères humains. Elle eut droit en Inde à des funérailles nationales, rendues avec les honneurs militaires. Le malentendu fut pourtant en cette dernière occasion on ne peut mieux souligné : le monde persistait à voir en elle avant tout une bienfaitrice de l'humanité, alors qu'elle avait répété avec insistance qu'elle considérait le soin des pauvres non comme une fin en soi, mais comme un moyen d'atteindre le Christ.

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Émeutes de Calcutta, 1946

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Pour citer l’article

Anne SEBBA, « MÈRE TERESA (1910-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mere-teresa/