HUGGLER MAX (1903-1994)

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“Voir suffit”  : cette formule lapidaire de Valéry pourrait être mise en exergue à la vie et à l'œuvre de Max Huggler. Conservateur de musée, universitaire et collectionneur lui-même, il fut pendant près de soixante ans un observateur engagé de la scène artistique suisse du xxe siècle, appliqué à former le regard de ses contemporains sur l'art moderne.

Né à Berne, il y suivit une scolarité classique puis des études supérieures de théologie avant de se tourner définitivement vers l'histoire de l'art. Après un poste d'assistant au musée Kaiser-Friedrich à Berlin, il prit à vingt-huit ans la direction de la Kunsthalle de Berne, dont il fit pendant treize ans un lieu d'exposition pour les artistes suisses ou européens orientés vers la modernité. Parmi les cent vingt manifestations qu'il y organisa, les présentations des œuvres de Kirchner (1933), Klee (1935 et 1940) et Kandinsky (1937) ont fait date.

Nommé en 1944 à la direction du musée des Beaux-Arts de sa ville natale, Max Huggler en géra la collection en s'efforçant tout à la fois de présenter, au sein de la production nationale et dans sa spécificité, l'école bernoise de Niklaus Manuel à nos jours et de doter le musée d'œuvres pionnières de l'art moderne. Toujours proche des collectionneurs privés, il suscita maints dons ou legs en faveur du musée. Celui-ci accueillit ainsi en 1952 la fondation Paul Klee, qui présente quarante tableaux, cent soixante œuvres colorées sur papier, deux mille deux cent cinquante dessins et la quasi-totalité de l'œuvre pédagogique de l'artiste, puis en 1962 la fondation Hermann et Margrit Rupf, capitale pour l'étude du cubisme, ensembles qui furent enrichis par l'achat en écho d'œuvres françaises majeures du xixe et du xxe siècle.

Ses expositions entre 1944 et 1965 suivirent une ligne identique : il présenta des collections étrangères ou suisses et maintes rétrospectives destinées à “donner à voir” les sources de l'art moderne considéré sur le plan international. Parmi elles, citons Degas (1951), Van Gogh (1954), Sisley (1958), Munch (1958) et Delacroix (1965). Son rôle-pivot dans les échanges entre la Suisse et la France se manifesta pleinement dans l'organisation de l'exposition De Géricault à Matisse. Chefs-d'œuvre français des collections suisses présentée en 1959, à Paris, au Petit Palais.

Professeur à l'université de Berne de 1944 à 1973, ses publications essentiellement consacrées à l'art suisse du xixe et du xxe siècle ainsi qu'à l'art européen (Géricault, Utrillo, Pissarro, Dufy, Klee, Gris, Munch) ont fait l'objet de nombreuses traductions. Toujours ancrées sur des confrontations personnelles avec les œuvres, ses analyses rédigées dans une langue concise, parfois même ciselée, présentent le caractère de la rigueur et de l'érudition scientifique mêlées au jugement personnel ; sans rien ignorer des apports des sciences humaines du xxe siècle, elles tissent des rapprochements féconds, des mises en perspective historique, mais reposent toujours sur l'expérience vécue. Pour Max Huggler, l'œuvre d'art était d'abord “source de délectation” et “intime prise de conscience de la liberté”. Une fois déchargé de fonctions officielles, il a poursuivi ses recherches et ses publications dans sa maison des Grisons ou son appartement romain du Janicule, entouré notamment d'œuvres contemporaines italiennes (Buggiani, Calderara, Manzoni qui était pour lui avec Marcel Duchamp et Joseph Beuys l'une des trois clés de la seconde moitié du xxe siècle, Rotella).

Une partie de sa collection, constituée en fondation, présente depuis 1966 au musée de Berne en particulier des huiles de Kirchner, Klee, Mondrian, Schwitters, de Staël.

Esprit libre, Max Huggler vécut solitaire mais en étroite solidarité avec son époque. Reconnaissant sa dette envers les artistes qui lui avaient appris à voir, il se nourrissait aussi de musique et de littérature. Il relisait souvent dans le texte Platon et les présocratiques, Valéry, Proust et Camus tout en restant fidèle aux “alliés substantiels” qu'étaient pour lui Goethe, Hofmannsthal et Stefan George. Doté d'une vitalité déconcertante, il a gardé jusqu'au terme de sa vie la pleine maîtrise de ses moyens intellectuels et la même capacité à s'émerveiller ; il s'est éteint brutalement à Berlin, le 25 novembre, au cours d'un de ses nombr [...]

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  • Daniel HARTMANN
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Le musée des Beaux-Arts de Berne doit sa réputation mondiale à la fondation Paul Klee ainsi qu'à la fondation Rupf qu'il abrite officiellement depuis 1952 et 1962. Ces éléments ont précipité l'évolution d'un musée à caractère cantonal et national vers une institution de classe internationale. Ouvert en 1879 sur l'initiative de la Société bernoise d'art animée par le collectionneur Sigmund Wagner, […] Lire la suite

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Daniel HARTMANN, « HUGGLER MAX - (1903-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/max-huggler/