BUCKMASTER MAURICE (1902-1992)

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De 1941 à 1945, le colonel Buckmaster est entré dans l'histoire et la légende de la Résistance française et des services secrets britanniques ; il fut, en effet, chef de la section française du Special Operations Executive (S.O.E.) qui devait « mettre l'Europe en feu » à la demande de Winston Churchill.

Pierre Koenig et Maurice Buckmaster, 1970

Photographie : Pierre Koenig et Maurice Buckmaster, 1970

Le général Pierre Koenig (1898-1970), à gauche, nommé en 1944 commandant des F.F.I., et le colonel des services secrets britanniques Maurice Buckmaster (1902-1992), lors de la célébration du 25e anniversaire de la victoire, en 1970. 

Crédits : Hulton Getty

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Créé sur décision du cabinet de guerre en août 1940, sous la responsabilité du ministère de la Guerre économique, le S.O.E. développa des réseaux de sabotage et d'action parallèles au Secret Intelligence Service (S.I.S.). Sa section française avait deux branches : l'une, RF, agissant en liaison avec les services spéciaux gaullistes et facilitant leurs déplacements ; l'autre, F, utilisant des Français sous contrôle d'agents britanniques.

Entré au S.O.E. au printemps de 1941 comme information officer puis chef intérimaire de la section belge, le major Buckmaster est muté à la fin de septembre à la tête de la section française. Connaissant bien la France, où il avait travaillé comme précepteur puis comme reporter au Matin et, de 1932 à 1936, comme assistant manager à Ford France, il réussit à livrer plus de dix-huit mille armes à la France et à animer quatre-vingt-douze réseaux en 1944. Comme devait l'écrire le colonel Passy, chef du bureau central de renseignements et d'action (B.C.R.A.) de la France libre, son action fut souvent contraire aux mouvements français de résistance et aux intérêts strictement français, mais elle fut « indéniablement efficace » sur le plan militaire.

Les réseaux français du S.O.E. firent d'abord du renseignement, mais ils mirent aussi en place les grandes filières d'évasion de France, notamment par l'Espagne. Ils contrôlaient la plupart des moyens d'infiltration ou de récupération d'agents, tant par sous-marins que par vedettes rapides ou avions légers Lysander. Les hommes et les femmes du S.O.E. se battaient aussi bien dans le cadre de la guerre psychologique, en s'occupant de presse clandestine, que dans le cadre des actions militaires, notamment par des sabotages d'installations industrielles, de voies de communication, de lignes électriques ou téléphoniques. Mais, de même que le B.C.R.A. gaulliste servait la politique du Comité national français en renseignant plus ou moins activement les Alliés, la section F du S.O.E. fut au service de la politique britannique. Elle alimenta ainsi, à la fin de 1942, les ondes de Radio-Patrie alors que la B.B.C. censurait les textes de la France combattante critiquant le soutien allié à l'amiral Darlan et que les émissions officielles « Honneur et Patrie » étaient suspendues du 21 novembre au 28 décembre 1942. Au nombre de cent vingt en juin 1943, les agents de Buckmaster furent parfois aussi utilisés au nom de la stratégie générale de la guerre. La destruction du réseau Prosper coûta ainsi la vie à une vingtaine d'agents britanniques et entraîna la déportation ou la mort de quatre cents résistants français. Il s'agissait alors de persuader les Allemands de l'imminence d'un débarquement en France, en 1943, et de les tromper sur les lieux retenus pour la grande opération aéro-maritime contre la « forteresse Europe ». La section F du S.O.E. servit à cette manœuvre du S.I.S. qui alla jusqu'au parachutage d'armes et d'agents sur des terrains contrôlés par le IIIe Reich. Mais le S.O.E. en France fut aussi la garantie, pour les Alliés, qu'il n'y aurait pas d'insurrection nationale incontrôlée dans la France occupée.

Lors du débarquement de juin 1944, les messages d'action pour les résistants et les réseaux — deux cents phrases d'alerte et autant de leurres — dépassèrent sans doute l'incitation à la guérilla dans plusieurs régions afin de retenir, loin du front de Normandie, un maximum d'unités combattantes ennemies. En juillet, le S.O.E. fut transformé en Special Forces Headquarter, à direction franco-alliée, et plusieurs de ses responsables conduisirent, sur le terrain, des regroupements de maquisards, tant dans le Sud-Ouest qu'en Lorraine. Leur rôle dans l'interaction des troupes alliées et des maquis fut déterminant et facilita la victoire alliée, dans laquelle les Forces françaises de l'intérieur (F.F.I.) eurent, selon le général Eisenhower, le poids de quinze divisions. « Les reproches glissent sur la carapace de l'indifférence » : le major Buckmaster a pu évoquer ce message d'exécution du plan Tortue (sabotage des routes d [...]

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Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

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Pour citer l’article

Charles-Louis FOULON, « BUCKMASTER MAURICE - (1902-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maurice-buckmaster/