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BAVA MARIO (1914-1980)

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Mario Bava s'est longtemps distingué, dans la cohorte des cinéastes italiens mineurs, comme « spécialiste du film fantastique », mais on peut s'interroger sur la validité de cette qualification. Né à San Remo, fils d'un sculpteur, il débuta par quelques courts-métrages, puis fut assistant de réalisateurs tels que Camerini, Soldati, Monicelli et Freda, tout en affirmant dès 1943 sa vocation de chef opérateur sur L'Avventura di Annabella de Luigi Menardi. Il appliqua son instinct photographique et sa science du décor au premier film qu'il réalisa comme metteur en scène, Le Masque du démon (La Maschera del demonio, 1960, avec Barbara Steele), film d'horreur « gothique » très réussi, et continua une carrière esthétiquement intéressante avec Hercule au centre de la Terre (Ercole al centro della Terra, 1961), « péplum » qu'on peut placer immédiatement après les meilleurs produits du genre. Mais, peut-être en raison d'un tempérament versatile, Bava n'a pas tardé à sacrifier la cohérence artistique de ses films à des effets dérisoires, liés à des entreprises purement commerciales. Sa renommée de grand photographe, qui lui avait valu de collaborer avec Raoul Walsh tournant en Italie Esther et le roi (Esther and the King, 1960) et de mettre lui-même en scène, semble-t-il, une partie du film d'Arthur Lubin, Les Mille et Une Nuits (Le Meraviglie di Aladino, 1962), n'a pas résisté à la dispersion de son travail. Il n'est pas exclu non plus que, formé au noir et blanc (Le Masque du démon joue avec bonheur de dominantes contrastées, moins expressionnistes d'ailleurs que veloutées), Bava se soit senti dans l'embarras devant les problèmes posés par la couleur. Il est passé (souvent sous le pseudonyme de John M. Old) du film policier (La fille qui en savait trop[La Ragazza che sapeva troppo], 1963) au film d'épouvante psychologique (Le Corps et le fouet[La Frusta e il corpo], 1962), sauvé partiellement par la présence de Dahlia Lavi ; Les Trois Visages de la peur (I Tre Volti della paura, 1963) et au western (La Strada di Fort Alamo, 1964). L'époque étant au mélange des genres, il concocta même un récit de science-fiction avec ingrédients d'horreur (Terrore nello spazio, 1965) ! En 1968, Diabolik (adaptation d'un célèbre photo-roman) fut une agréable surprise, où s'équilibraient humour, érotisme et « fantastique moderne ». Mais Bava est retombé, par la suite, dans sa routine chaotique, en dépit de quelques tentatives pour rediriger lui-même sa photographie, comme s'il y retrouvait ses racines et y sentait sa justification. Se pliant à la mode, il fait ruisseler le sang dans Un 'accetta per la luna di miele (1970) ou dans Gli Orrori del castello di Norimberga (1972), mais cette surenchère n'aboutit qu'à l'ennui. Parmi ses derniers films, il faut mentionner, à titre de curiosités, une adaptation de La Vénus d'Ille, de Mérimée, mais aussi La Maison de l'exorcisme (Il Diavolo e il morse, 1974), sous-produit hâtif et hétérogène de L'Exorciste de William Friedkin. À l'éparpillement ornemental de L'Île de l'épouvante (Cinque Bambole per la luna d'agosto, 1971), dernier film où Bava ait montré quelque élégance, s'ajoute ici la prétention. L'ambition évidente du petit-maître des débuts a fait place à la médiocrité du professionnel plat qui s'acharne à faire « son » film chaque année.

— Gérard LEGRAND

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Pour citer cet article

Gérard LEGRAND. BAVA MARIO (1914-1980) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

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Autres références

  • FANTASTIQUE

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    • 21 027 mots
    • 17 médias
    ...professeur Hichcock(1964), tous deux interprétés par Barbara Steele qui prit un beau départ dans l'interprétation fantastique sous la conduite de Mario Bava, l'ex-opérateur de Freda. En 1960, en effet, Bava fait ses débuts dans la mise en scène par un coup de maître : Le Masque du démon...
  • ITALIE - Le cinéma

    • Écrit par
    • 7 683 mots
    • 4 médias
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  • VAMPIRE, cinéma

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