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AMOCO CADIZ MARÉE NOIRE DE L' (16 mars 1978)

Le soir du 16 mars 1978, le supertanker Amoco Cadiz s'échoue face au petit port breton de Portsall (Finistère-Nord), libérant, en quinze jours, 223 000 tonnes de pétrole léger et 4 000 tonnes de fioul lourd. Les conséquences en sont lourdes : 300 kilomètres de côtes polluées, entre 19 000 et 37 000 oiseaux morts ainsi que des centaines de millions d'invertébrés et de poissons. Sur une surface totale de 250 000 hectares polluée, la biomasse détruite, évaluée par comparaison avec des sites indemnes et par extrapolation, représenterait 260 000 tonnes en poids frais, soit environ 1 tonne par hectare.

Tout commence ce 16 mars, à 9 h 45, par une fuite d'huile de l'appareil à gouverner. À 11 h 30, après avoir vainement tenté une réparation, le commandant du pétrolier demande l'aide des remorqueurs. À 12 h 20, le Pacific est sur les lieux, mais il faudra plus de quatre heures de négociations pour que l'armateur de Chicago, le groupe pétrolier américain American Oil Company (ou Amoco), accepte l'offre d'assistance. Les vents forts font dériver le pétrolier vers les côtes, et le Pacific ne peut réussir ses manœuvres de remorquage. On appelle un remorqueur plus puissant, le Simpson, situé alors à 40 milles de là. À 21 h 4 min, le pétrolier talonne la roche et s'échoue une première fois, puis définitivement à 22 heures. Le Simpson arrivera trente minutes plus tard, trop tard.

Cette marée noire, qui faisait suite entre autres dans la Manche à celle du Torrey-Canyon (1967), marqua profondément l'opinion publique. Dès le 17 mars 1978, le ministère de l'Environnement et du Cadre de vie chargeait le Centre national pour l'exploitation des océans (Cnexo, devenu depuis lors Ifremer) de préparer puis de coordonner un programme triennal de recherche pour déterminer l'impact écologique de ce type de pollution. Ce programme, sous une forme simplifiée, sera poursuivi jusqu'en 1985. Les résultats furent aussi utilisés pour obtenir réparation du préjudice écologique devant le tribunal de Chicago, où la société Amoco Corp. (responsabilité principale) et les chantiers navals Astilleros Españoles de Cadix (responsabilité partielle) s'opposèrent aux deux plaignants principaux : l'État français et les collectivités publiques, c'est-à-dire 76 communes des départements du Finistère et des Côtes-du-Nord (devenu depuis 1990 Côtes-d'Armor) groupées en syndicat mixte. Quatorze ans de procédure juridique furent nécessaires pour aboutir, en 1992, à une indemnisation définitive de 230 millions de francs pour le syndicat mixte et d'environ 1 milliard de francs pour l'État.

— Yves GAUTIER

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Écrit par

  • : docteur en sciences de la Terre, concepteur de la collection La Science au présent à la demande et sous la direction d'Encyclopædia Universalis, rédacteur en chef de 1997 à 2015

Classification

Pour citer cet article

Yves GAUTIER. AMOCO CADIZ MARÉE NOIRE DE L' (16 mars 1978) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • MARÉES NOIRES

    • Écrit par Lucien LAUBIER
    • 7 626 mots
    • 5 médias
    ...catastrophe. Ces erreurs sont parfois amplifiées par des avaries diverses ou par la survivance de traditions maritimes tenaces, comme celle qui, jusqu'à l'accident de l'Amoco Cadiz , interdisait à un pays d'intervenir sur un navire étranger traversant ses eaux territoriales, alors même...
  • MARITIMISATION DE L'ÉCONOMIE

    • Écrit par Geoffroy CAUDE
    • 3 979 mots
    • 8 médias
    Devant le nombre et l’importance des pollutions accidentelles – dont le niveau culminera entre 1976 et 1978 pour les hydrocarbures avec, notamment, le naufrage de l’Amoco Cadiz au large de la Bretagne en mars 1978 –, des mesures internationales sont mises en place, ainsi la convention internationale...
  • POLLUTION

    • Écrit par François RAMADE
    • 20 869 mots
    • 16 médias
    ...ont péri, surtout des guillemots de Troïl (Uria aalge) (L. Laubier et al., 2008). Ce nombre est considérable si l'on songe que la catastrophe de l'Amoco-Cadiz, ayant déversé en Manche quelque 223 000 tonnes de pétrole léger, certes moins toxique que le fuel lourd de l'Erika, avait...

Voir aussi