RIBOUD MARC (1923-2016)

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La photographie d'une jeune femme opposant une fleur à la baïonnette d'un soldat compte parmi les symboles les plus forts du mouvement des étudiants américains contre la guerre du Vietnam. Elle appartient aussi au petit nombre des images les plus célèbres de l'histoire de la photographie du xxe siècle. Né à Lyon le 24 juin 1923, Marc Riboud reçoit une formation d'ingénieur à l'École centrale de Lyon dont il sort en 1948. Un premier poste en usine, à Villeurbanne, l'occupera jusqu'en 1952 quand, stimulé par la découverte des grands photographes au MoMA de New York, il décide de faire d'un loisir d'adolescent son métier. À Paris, où il s'installe la même année, il se rapproche de l'agence Magnum et sympathise avec les photographes qu'il admire, Robert Capa, David Seymour, George Rodger et surtout Henri Cartier-Bresson, qui deviendra son mentor.

Marc Riboud

Photographie : Marc Riboud

Marc Riboud est d'abord un observateur. Chez lui, la pratique du photojournalisme ne fait jamais obstacle au regard humaniste qu'il porte sur les êtres. 

Crédits : Ullstein Bild/ AKG-images

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Sa photographie insolite du Peintre de la tour Eiffel défiant le vide en toute désinvolture lui vaut sa première publication en 1953 dans le magazine Life et son admission au sein de Magnum. Envoyé à Londres par Robert Capa avec la mission d'« apprendre l'anglais et voir les jolies filles », il réalise un reportage social approfondi et fort sur la ville industrielle de Leeds. Son premier séjour en Inde inaugure en 1955 sa relation avec l'Orient qu'il ne cessera jamais de fréquenter, notamment la Chine qu'il visite dès 1956 et dont il deviendra un passionné. L'œuvre qui se construit est celle d'un observateur solitaire capable de s'imprégner des lieux et d'approcher les habitants au prix de nombreux et longs séjours. Après la Chine, l'URSS en 1960, l'Afrique noire en 1961, l'Algérie au moment de la difficile et violente accession à l'indépendance en 1962, le Vietnam en 1968-1969, le Paris de Mai-1968, la guerre au Bangladesh en 1971 constituent autant de sujets pour lesquels les impératifs du photojournalisme n'entravent jamais le regard poétique d'un humaniste curieux de toutes les cultures. Présent sur le front des conflits, Riboud contourne l'approche à sensations de l'horreur au profit d'une perception compassionnelle de la condition des survivants. Vice-président de Magnum-Europe de 1959 à 1973, Marc Riboud est élu en 1975 président de l'agence dont il démissionne en 1979. Paris et la France qu'il avait photographiés au commencement de sa carrière font, avec l'Europe et le Moyen-Orient, partie d'un faisceau de destinations qui privilégie toujours l'Asie. L'importante monographie Marc Riboud, 50 ans de photographie (2004) donne la mesure d'une œuvre dont certaines images sont désormais inscrites dans la mémoire du grand public : l'adolescent pakistanais vérifiant le barillet d'un revolver, la fenêtre de la rue des antiquaires de Pékin, les joueurs d'échecs en hiver au parc Gorki de Moscou, le voile à contre-jour des ablutions de Bénarès, jusqu'au petit sac plastique oublié en 2002 dans le jardin du Mandarin Yu à Shanghai. La publication de Quarante Ans de photographie en Chine (1996) donnait une première évaluation d'un travail qui se poursuit en 2004 avec l'exposition au Grand Palais des recherches en couleurs du photographe au Huang Shan, la montagne des peintres chinois qui lui inspire de subtiles images aux tonalités brumeuses d'estampes. Témoin de la construction de l'Opéra de Pékin en 2005, de réalisations de l'architecte Pei à Suzhou et de Renzo Piano à New York en 2007, co-illustrateur du livre édité par Robert Delpire sur Clichy-sous-Bois, Marc Riboud publie en 2008 Sous les pavés..., un ensemble de photographies sur les prémisses sociales et l'héritage culturel de Mai-1968. Ce livre s'ajoute à une bibliographie dense et variée dans laquelle on remarque Istanbul (2000) et l'édition japonaise de 2005 de The Kahitsukan, Marc Riboud.

Marc Riboud meurt à Paris le 30 août 2016.

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PHOTOGRAPHIE (art) - Un art multiple

  • Écrit par 
  • Hervé LE GOFF, 
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Dans le chapitre « Du reportage classique aux expressionnismes »  : […] Le reportage classique est toujours vivant. Pensons à la tradition parisienne des Brassaï et des Izis ( Paris des rêves , 1950). Même face aux idées les plus avancées, un Robert Doisneau garde sa présence, car sa bonté et son humour restent ouverts sur l'ambiguïté de la condition humaine. Au Royaume-Uni, Bert Hardy a aussi cette qualité comme l'eut le Suisse Gotthard Schuh. Aux États-Unis, Bill […] Lire la suite

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Hervé LE GOFF, « RIBOUD MARC - (1923-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marc-riboud/