MARIN MAGUY (1951- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Une démarche radicale et sociale

Maguy Marin se lance alors dans une nouvelle aventure humaine et artistique qui implique de faire moins de tournées et d'être plus attentif aux échanges avec la population.

Pour ainsi dire, Vaille que vaille et Quoi qu'il en soit seront créés en 1999 dans cette optique. Initialement liées à une stratégie pour obtenir une permanence artistique à Rillieux-la-Pape, malgré les tournées, ces créations ont révélé un désir de travailler sur des formes chorégraphiques à faibles effectifs (du duo au quintette).

Vont suivre Points de fuite (2001) où la danse, la musique et la parole distribuent les déplacements et les tâches de chacun. La chorégraphie mêle les fugues de Bach aux textes de Charles Péguy, créant une tension intense où la danse, la musique et les mots ne forment qu'une seule et même matière.

Les applaudissements ne se mangent pas, créé pour la biennale de la danse de Lyon 2002, joue pour la première fois sur les entrées et les sorties de scène des danseurs qui, avec une certaine hâte, sinon avec violence, franchissent un rideau de longues lamelles de plastique multicolore. La musique de Denis Mariotte étouffe le tout sous des vrombissements plus envahissants qu'assourdissants qui s'infiltrent dans tous les espaces.

Les pièces suivantes radicalisent cette démarche. Umwelt, qui signifie environnement, mais dans laquelle on entend le mot « monde » en allemand, déclenche la polémique. Véritable partition fondée sur la marche, sur le temps, la pièce met en jeu la question du simulacre et des apparences, le quotidien dérisoire, les illusions de notre société tandis que les danseurs apparaissent et disparaissent selon un rythme inexorable et entêtant.

Ha ha (2006), réaction aux réactions suscitées par Umwelt, est une partition musicale de rires et une pièce de colère. Maguy Marin y caricature ces émissions émaillées de rires grossiers où les blagues portent systématiquement sur les minorités. Turba (2007) – qui évoque le trouble, la foule en tumulte, ou bien la tourbe en français – renvoie à l'idée de population mouvante, de tourbillon et de terreau où germe la vie. Un thème qu'elle développera avec Salves (2010), dernière œuvre qu'elle crée avant de quitter le centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape en 2011.

Cette décision de reprendre une activité de compagnie indépendante répond au désir toujours très vivant et impératif d’expérimenter autrement l’enjeu que présente l’acte de création. Six mois après, en 2012, sollicitée par le théâtre Garonne et la ville de Toulouse, la compagnie s’installe dans cette ville. Maguy Marin y crée, la même année, Nocturnes. Malheureusement, elle ne trouve aucun lieu susceptible d’accueillir de manière pérenne sa compagnie. Elle décide donc de retourner à Sainte-Foy-lès-Lyon en 2015, pour s’installer à Ramdam, ce qui déclenche un nouveau projet ambitieux que Maguy Marin appelle désormais « RAMDAM : un centre d‘art ».

En 2012, le festival d’Automne consacre un « portrait » à Maguy Marin, en programmant sept de ses œuvres. En 2014, la chorégraphe crée Singspiele, un solo interprété par son fils, David Mambouch, qui incarne une multitude de personnages pour, explique-t-elle, « affirmer que ces visages connus et inconnus ont un dénominateur commun qui est celui d’appartenir à la même espèce : l’espèce humaine ».

Ode au vivre et à la démocratie, l’ensemble de son œuvre, loin de tout conformisme des idées et des pensées, plaide pour la singularité pourvu que celle-ci laisse de la place à « l'en-commun », selon l'expression de la chorégraphe, c'est-à-dire une façon satisfaisante d'être ensemble.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  MARIN MAGUY (1951- )  » est également traité dans :

BALLET

  • Écrit par 
  • Bernadette BONIS, 
  • Pierre LARTIGUE
  •  • 12 654 mots
  •  • 20 médias

Dans le chapitre « Ses débuts et son explosion »  : […] La France, restée à l'écart de la danse moderne entre les deux guerres, voit poindre, dans les années 1950, la danse d'expression allemande grâce à des élèves de Mary Wigman, Jacqueline Robinson et Karin Waehner, et à Françoise et Dominique Dupuy, danseurs de Jean Weidt, qui s'est réfugié en France pendant le nazisme. Tous mènent une grande activité et leur influence se fera jour après le reflux d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Agnès IZRINE, « MARIN MAGUY (1951- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maguy-marin/