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EMMER LUCIANO (1918-2009)

Épigone du néoréalisme dont il introduisit les enseignements dans des comédies de mœurs aux tonalités amères, Luciano Emmer a connu une carrière singulière, faite de nombreuses ruptures et de réorientations inattendues. Né à Milan mais élevé à Venise, il abandonne des études de droit pour se consacrer au cinéma. Il se fait d'abord connaître à partir de la fin des années 1930 par des films sur l'art qu'il produit et signe avec Enrico Gras (Racconto di un affresco, 1941 ; Il paradiso terrestre, 1942 ; Piero Della Francesca, 1949). Les deux hommes révolutionnent le genre en introduisant une nouvelle approche des œuvres faite de longs travellings descriptifs. Séparé de Gras en 1949, Emmer réalise encore quelques documentaires jusqu'en 1956. Parallèlement, il aborde le long-métrage et tourne au début des années 1950 quatre films – Dimanche d'août (1950), Paris est toujours Paris (1951), Les Fiancées de Rome (Le ragazze di piazza di Spagna, 1952), L'Amour au collège (Terza liceo, 1953) – qui relèvent tous du même choix structurel : mettre en scène de manière chorale de multiples personnages dont les destinées se rencontrent, se croisent ou simplement se développent parallèlement. À l'origine de cette nouvelle orientation de la comédie, on trouve Sergio Amidei, à la fois producteur et co-scénariste de Domenica d'agosto, un film qui décrit un phénomène collectif naissant – une journée à la mer passée par des Romains de toutes classes sociales – en suivant la destinée ordinaire d'une vingtaine de personnages. Emmer souligne les bases humaines qui sous-tendent son travail : « Il me semble que les petites couturières de la place d'Espagne des Fiancées de Romesont parentes spirituellement de la fille du chauffeur de taxi de Dimanche d'août et des garçons et des filles de L'Amour au collège, comme de même toute cette jeunesse est étroitement parente des dactylos de Onze heures sonnaient de Giuseppe De Santis. Mes personnages m'intéressent dans leur vie quotidienne, avec tout ce qu'il y a de triste et de gai, de banal ou de terrible qui peut leur arriver. » Dans ces films, Emmer mélange acteurs pris dans la rue et comédiens célèbres, tels Aldo Fabrizi, Marcello Mastroianni, Franco Interlinghi, Lucia Bosè, offrant même un rôle de récitant à l'écrivain Giorgio Bassani dans Les Fiancées de Rome. Le cinéaste a souvent à ses côtés, comme assistant ou comme co-scénariste, Francesco Rosi.

La veine de Luciano Emmer est clairement identifiée : une attention permanente aux événements ordinaires dans une perspective de sourde revendication. Le cinéaste ne retrouvera pas toujours cet équilibre exemplaire. Si Camilla (1955), satire des mesquineries de la petite-bourgeoisie, et Il bigamo (1956), sur les tribulations d'un homme faussement accusé de bigamie, ne manquent pas de qualités, Il momento più bello (1957), sur le thème de l'accouchement sans douleur avec Mastroianni dans le rôle d'un médecin obstétricien, affadit le propos. En 1961, Emmer tourne aux Pays-Bas La Fille dans la vitrine avec Lino Ventura, Bernard Fresson, Magali Noël et Marina Vlady. Le film raconte la virée dans le quartier chaud d'Amsterdam de mineurs italiens travaillant en Belgique. Les agressions de la censure, les polémiques critiques et l'insuccès du film conduisent le cinéaste à une sorte de retraite. Désormais, Emmer se consacre à la publicité (pour laquelle il signe quelques spots célèbres) et à la télévision. Mais, excédé par les questions concernant son œuvre passée, il se décide trente ans plus tard à reprendre le chemin des plateaux en actualisant avec son fils comme protagoniste le milieu des lycéens de L'Amour au collège. Ce sera Bastà ! Ci faccio un film (1991). Satisfait du résultat, le cinéaste réalise encore trois films d'inspiration[...]

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Écrit par

  • : professeur émérite, université professeur émérite, université Paris I-Panthéon Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BOSÈ LUCIA (1931-2020)

    • Écrit par René MARX
    • 623 mots
    • 1 média

    Issue d’une famille pauvre de fermiers de Lombardie, Lucia Bosè est née Lucia Borloni le 28 janvier 1931 à Milan. En 1946, Luchino Visconti, entrant dans la célèbre pâtisserie Galli de la via Victor Hugo à Milan, est frappé par la beauté extraordinaire d’une vendeuse anonyme. Comme celle d’Alain...

Voir aussi