GISH LILLIAN (1893-1993)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Lillian Gish est décédée le 30 janvier 1993. Née le 14 octobre 1893, elle fait partie des premières vedettes grâce auxquelles le mot “star” est passé à la langue française.

Lillian Gish débute sur les planches à l'âge de cinq ans, poussée par sa mère, elle-même obligée de faire du théâtre pour subvenir aux besoins de la famille, en raison des absences répétées d'un père fantasque. Sa sœur cadette, Dorothy, ne tardera pas à la rejoindre sur scène. C'est en 1912, alors que les deux sœurs sont venues aux studios Biograph à New York pour voir tourner une ancienne camarade devenue célèbre, Mary Pickford, que le metteur en scène vedette de la maison, David Wark Griffith, les remarque et leur trouve aussitôt un rôle dans un film en deux bobines, An Unseen Enemy. Elles incarnent deux jeunes filles menacées par des cambrioleurs. Cette réalisation typique du génie de Griffith, qui fait déjà la part belle au montage alterné et au gros plan, est rehaussée par la spontanéité et le réalisme des interprètes, Lillian surtout, qui se fera, sous la houlette de Griffith, une spécialité des rôles de jeune fille en émoi.

Commence alors une décennie fabuleuse, où les noms de Griffith et de Lillian Gish (avec ou sans Dorothy) sont associés dans beaucoup de films phares : Judith de Béthulie (1913), Naissance d'une nation (1915), Intolérance (1916), Les Cœurs du monde (1918), Le Pauvre Amour (1919), Le Lys brisé (1919), À travers l'orage (1920) et Les Deux Orphelines (1922). Bien que les héroïnes griffithiennes ne dépassent guère le stéréotype de la vierge en détresse chère au mélodrame victorien, c'est par sa frêle beauté, sa rigueur et son intensité dramatique que Lillian Gish arrache ses personnages à la convention pour en faire des figures tragiques. Avec un génie tout particulier du geste, elle charge ses rôles d'une vérité qui effraie même ses metteurs en scène : sa terreur dans Le Lys brisé où, pauvre petite Londonienne martyrisée, elle se réfugie dans le placard pour échapper à la furie meurtrière de son père, laisse Griffith médusé. Plus tard, en jouant la mort de Mimi dans La Bohème (King Vidor, 1926), elle est tellement convaincante que Vidor et son équipe oublient un moment que c'est du jeu ! Son refus de la facilité se reflète aussi dans un courage physique rare : ainsi, Lillian Gish refuse d'être doublée lors de la célèbre séquence finale d'À travers l'orage, et brave les intempéries d'un rude hiver de Nouvelle-Angleterre en reprenant quotidiennement, sans doublure et pendant de longues semaines, des scènes dans lesquelles elle gît sur les glaces flottantes d'une rivière dangereuse.

La Bohème, K. Vidor

Photographie : La Bohème, K. Vidor

Dans son adaptation des Scènes de la vie de bohème, de Murger, et du célèbre opéra de Puccini, King Vidor met en scène, dans La Bohème (1926), deux monstres sacrés de l’époque, Lillian Gish et John Gilbert. Le mélodrame se fait ici tragédie. 

Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Pictures/ Sunset Boulevard/ Corbis/ Getty Images

Afficher

Si l'étoile de Griffith s'éteint au cours des années vingt, celle de Lillian Gish connaît un nouvel essor. Après une tentative de réalisation qui reste sans lendemain (Remodeling her Husband, 1920), elle quitte Griffith, tourne deux films en Italie avec Henry King (La Sœur blanche et Romola, 1923 et 1924), puis rejoint la M.G.M., qui lui offre un pont d'or. Elle y jouit d'un statut privilégié et exerce un contrôle sur le choix des scénarios et des metteurs en scène. Elle atteint le sommet de son art sous la direction de King Vidor (La Bohème, 1926), puis de Victor Sjöström, avec lequel elle tourne La Lettre écarlate (1927), d'après le roman de Hawthorne, et surtout Le Vent (1928), un des ultimes chefs-d'œuvre du muet. Mais le film ne connaît qu'un succès d'estime, et Lillian Gish se voit supplantée par Greta Garbo auprès des patrons de la M.G.M.

Le Vent, V. Sjöström

Photographie : Le Vent, V. Sjöström

Margaret Chute et Lillian Gish sur le tournage du drame muet de Victor Sjöström Le Vent, en 1927. 

Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Afficher

De plus en plus considérée comme une “relique asexuée”, Gish reprend dignement sa liberté et ne tarde pas à retourner à la scène, sans jamais toutefois abandonner le cinéma. Jusqu'à sa dernière apparition en 1987 (Les Baleines d'août, de Lindsay Anderson), elle apparaît dans une quinzaine de films dont quelques classiques, retrouvant King Vidor pour Duel au soleil (1947) et illuminant de sa force morale l'onirique et ambiguë Nuit du chasseur (1955), unique réalisation de l'acteur Charles Laughton.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Médias de l’article

La Bohème, K. Vidor

La Bohème, K. Vidor
Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer Pictures/ Sunset Boulevard/ Corbis/ Getty Images

photographie

Le Vent, V. Sjöström

Le Vent, V. Sjöström
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Lenny BORGER, « GISH LILLIAN - (1893-1993) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lillian-gish/