LI SHANGYIN [LI CHANG-YIN] (813-858)

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Li Shangyin a été longtemps quasi ignoré des sinologues occidentaux et même des chercheurs modernes chinois, il était trop à part de la poésie classique chinoise, trop difficile aussi pour être étudié autrement que de façon superficielle. Mais voici que depuis quinze ans plusieurs dizaines d'ouvrages et d'articles lui ont été consacrés en Extrême-Orient, et plusieurs sinologues occidentaux ont à la fois entrepris de lui vouer leurs recherches. Pourquoi cet intérêt ? Sans doute à cause de tous les problèmes qu'il pose.

Les raisons d'un échec

Li Shangyin n'a pas mené une existence très remarquable ; plusieurs points de sa biographie demeurent obscurs. Il vécut au dernier siècle des Tang, à une époque où la dynastie, déjà bien engagée sur la pente de la décadence, aux prises avec les luttes des factions, les intrigues des eunuques et les guerres intérieures et extérieures, essaie de subsister et parfois de reprendre une route ascendante. Né dans une famille de petit mandarinat, orphelin de bonne heure, Li Shangyin connut une adolescence pauvre et indépendante. Il se fait remarquer par sa culture et, à l'âge de seize ans, entre au service d'un personnage important de l'empire, membre du clan de la nouvelle classe dirigeante parvenue au pouvoir par la voie des examens. Après quatre années seulement dans ce milieu et plusieurs essais infructueux aux examens impériaux, il finit par voir son nom sur les listes des « lettrés accomplis » et entre dans l'entourage d'un nouveau protecteur qui est, lui, de l'autre faction, celle des grandes familles, et dont il épousera la fille : on a beaucoup discuté pour savoir si ce changement correspondait à une évolution de l'attitude politique du jeune poète. Il n'en est rien, semble-t-il, mais cela sera l'occasion pour les historiens anciens de condamner son instabilité et même son absence de principes. La carrière de Li Shangyin sera, en fait, peu brillante et restera soit aux échelons les plus bas de la hiérarchie mandarinale, à la cour ou en province, soit dans l'entourage de quelque commissaire impérial qui l'emmène, avec une situation plus ou moins définie, dans des régions lointaines. Quelle est la cause de cet insuccès persistant ? Les historiens l'ont attribué à son immoralité, mais celle-ci n'est rien moins que prouvée et d'autres motifs de ses échecs peuvent être proposés, qui éclairent en même temps le caractère et la personnalité du poète.

Une première cause d'échec est certainement la malchance. Chaque règne d'empereur, et il y en eut trois pendant sa vie d'adulte, amène, dans cette lutte implacable des deux factions en présence, un changement du parti au pouvoir. Or, soit par suite de son tempérament, soit par suite de l'attrait que sa renommée de lettré présentait pour de grands fonctionnaires, il vécut plus de la moitié de sa carrière dans la clientèle d'un de ces hauts mandarins qui étaient nécessairement atteints par le changement de l'équipe en place. Et chaque changement, que cela vînt des hasards de la vie ou d'un manque de flair de sa part, l'a trouvé du côté du parti qui était écarté.

Une autre cause de ses échecs est, semble-t-il, le courage avec lequel il ose critiquer les milieux de la cour. Critiques des empereurs qui font confiance aux charlatans taoïstes dont les drogues, dites d'immortalité, ont pour résultat d'abréger leur vie. Critiques surtout des eunuques, dont le rôle malfaisant auprès des empereurs est dénoncé vertement. Vu le pouvoir que ces eunuques, qui font et défont, y compris par l'assassinat, plusieurs des empereurs du temps, ont sur le gouvernement de l'empire, il n'est pas étonnant que la carrière de Li Shangyin ait eu à souffrir de leur vengeance.

Une troisième raison de ses échecs peut être cependant cherchée dans la vie amoureuse du poète et surtout dans l'utilisation du thème de l'amour dans sa poésie. Marié tard, séparé de sa femme par les voyages et les séjours au loin pendant près de la moitié de sa vie conjugale, Li Shangyin eut probablement plusieurs aventures, dont l'une au moins, qui fut d'ailleurs très éphémère, est connue par le récit qu'en fit le poète lui-même. Des biographies modernes lui ont attribué une vie dévergondée et des passions, partagées, avec des nonnes taoïstes et, ce qui est bien pire, avec des femmes du harem impérial. Mais les précisions tirées de la poésie même de Li Shangyin pour appuyer ces suppositions parai [...]

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-VII, directeur de l'Institut des hautes études chinoises au Collège de France

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Yves HERVOUET, « LI SHANGYIN [LI CHANG-YIN] (813-858) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/li-shangyin-li-chang-yin/