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LETTRE DE SIBÉRIE, film de Chris Marker

Le Français Chris Marker a trente-sept ans lorsqu'il réalise, en 1958, Lettre de Sibérie. Journaliste, auteur d'un roman, Le Cœur net (1949), d'un essai, Giraudoux par lui-même (1952), et collaborateur de la revue Esprit, il n'a entrepris encore que peu de films. Il a réalisé plusieurs courts-métrages : Olympia (1952), sur les jeux Olympiques d'Helsinki, puis avec Alain Resnais, Les statues meurent aussi (1953), un réquisitoire contre le colonialisme français, enfin un Dimanche à Pékin (1956). Lettre de Sibérie, conçu comme un véritable récit de voyage écrit à la première personne, est son premier long-métrage. Marker y poursuit un itinéraire de cinéaste voyageur. Initié par l'association France-U.R.S.S. comme un film de commande, soucieux de transmettre une certaine vision de l'U.R.S.S., ce film demande deux mois et demi de repérage et de tournage. En pleine guerre froide, deux ans à peine après l'invasion soviétique de Budapest, il s'agissait sans doute de produire un contre-discours sur l'U.R.S.S. Mais jugé déplaisant, trop subjectif, ironique et hors propos par les Soviétiques, Lettre de Sibérie ne pourra au final figurer en 1958 au festival international de Karlovy-Vary.

Ciné-voyage

Lettre de Sibérie n'est pas vraiment un documentaire, ni un film glorifiant la Sibérie. Il rassemble les réflexions et les impressions d'un voyageur-spectateur mais aussi d'un auteur utilisant sa caméra comme stylo. Celui-ci élabore un récit de voyage à la première personne pour décrire une région, la Yakoutie, avec une certaine émotion : « Je vous écris d'un pays lointain, à mi-chemin entre la terre et la lune, l'humiliation et le bonheur... » Ses images servent tout d'abord de prétexte au commentaire et deviennent progressivement le fil conducteur d'un récit plus personnel. Images de forêts de bouleaux, de paysages grandioses, de ciels et de fleuves. Le film joue sur l'espace et les correspondances. Il s'agit de surprendre : Marker utilise tous les procédés de l'image fixe (photos immobiles du transsibérien) aux effets spéciaux en passant par le dessin d'animation (troupeaux de mammouths). La Sibérie permet de relater le passage du Moyen Âge au monde industriel moderne : chantiers en construction, villes champignons, barrages sur la Lena, conquêtes spatiales... Mais derrière ces façades, la Sibérie terre de contrastes reste prisonnière de son histoire et de ses mythes, de la ruée vers l'or au xixe siècle à sa taïga peuplée de légendes primitives. « Il n'y a pas de destin, ni de fatalité : rien que des forces à vaincre. »

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Écrit par

  • : maître de conférences, sociologue à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • MARKER CHRIS (1921-2012)

    • Écrit par Guy GAUTHIER
    • 2 154 mots
    ...reconnaîtra plus tard dans Immemory (1996), de ce premier bagage qui accompagne toute une vie. Il cite beaucoup, en passant, sans s'attarder. Dans Lettre de Sibérie(1957), il révèle discrètement les lectures qui l'ont marqué : Henri Michaux, Jules Verne, Blaise Cendrars, Jean Giraudoux,...

Voir aussi