LES ARTISTES DE PHARAON. DEIR EL-MÉDINEH ET LA VALLÉE DES ROIS (exposition)

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En dépit de l'importance de ses vestiges architecturaux et bien que civilisation de l'écrit, l'Égypte pharaonique a paradoxalement laissé peu d'informations sur la vie quotidienne et le mode de pensée des habitants de la vallée du Nil ou, du moins, les sources sur ce sujet sont disparates et souvent susceptibles de relever d'un discours officiel qui réinterprète les données du réel. La communauté de Deir el-Médineh constitue une heureuse exception, d'où l'intérêt de l'exposition qui lui a été consacrée au musée du Louvre du 15 avril au 5 août 2002, avant d'être présentée aux Musées royaux d'art et d'histoire à Bruxelles puis à la Fondation Bricherasio à Turin. Les quelque trois cent cinquante pièces rassemblées composent un scénario d'une parfaite homogénéité, conforme à la règle du théâtre classique des trois unités : de lieu – elles proviennent toutes d'un même site, le village construit sur la rive gauche de Thèbes et ses environs immédiats, tel le chantier de la Vallée des Rois, d'action – elles donnent à étudier une microsociété participant à une tâche commune, le creusement et la décoration des tombes royales, de temps – elles correspondent à une période relativement courte de l'histoire égyptienne, le Nouvel Empire. En raison des réoccupations successives, les vestiges urbains sont peu nombreux sur la terre égyptienne et c'est à la brièveté de son histoire que Deir el-Médineh doit son remarquable état de conservation. Fondée sans doute par Thoutmosis Ier, troisième souverain de la XVIIIe dynastie (vers 1493-1481), l'institution de la Tombe, dont l'effectif comprenait entre quarante et soixante titulaires vivant avec leur famille, fut dissoute à l'aube du Ier millénaire, lors de l'avènement de la XXIe dynastie, originaire du Delta, et de l'abandon consécutif de la nécropole royale thébaine. Dès la fin de la XXe dynastie toutefois, en raison de l'insécurité provoquée par les nomades libyens, l'équipe avait fui le village pour se réfugier à l'abri de l'enceinte fortifiée du temple de Médinet Habou.

La documentation grâce à laquelle revivent ces artistes de Pharaon est multiforme : les traces de leur habitat, le village lui-même, mais aussi le campement de cabanes sur la station du col surplombant la Vallée des Rois, qui leur servait de résidence temporaire pendant leur période d'activité, le matériel retrouvé à l'intérieur des maisons ainsi que dans les différents sanctuaires et oratoires hors les murs, leurs propres tombes à l'aménagement desquelles ils consacraient leur temps de loisir et, bien entendu, les hypogées des rois, des reines et des princes, leurs œuvres majeures, où se mesure leur savoir-faire. S'y ajoutent des lots de papyrus destinés aux archives de l'État ou à usage privé et surtout des milliers d'ostraca (fragments de calcaire) portant des brouillons rédigés en graphie cursive – le hiératique – ou des esquisses de dessin. Jetés après emploi, entre autres dans le grand puits de plus de 50 mètres de profondeur creusé au nord du site et dont le déblaiement de 1949 à 1951 appartient à la légende de l'archéologie, ces éclats, dénués de valeur pour leurs anciens utilisateurs, sont une manne pour l'historien.

Optant pour un parcours thématique, aux différentes étapes identifiées par un verbe actif, « vivre », « créer », « croire », « mourir », l'exposition entraînait le visiteur dans le monde quotidien et l'univers de représentations des habitants de Deir el-Médineh. Ainsi pouvait-il, dans les deux premières sections, se familiariser avec leur mobilier, leurs pratiques alimentaires et vestimentaires, surprendre sur les ostraca figurés des scènes d'intimité féminine ou entrevoir, livrés par les documents écrits, les nombreux litiges qui opposaient les membres de la communauté, s'initier aux techniques employées sur le chantier et aux conditions de travail de l'équipe, apprendre, s'il ne le savait déjà, que celle-ci inventa la grève pour protester contre la cessation du paiement des rations. Il était ensuite invité à déceler dans les manifestations de piété personnelle les particularismes locaux, telle la prédilection pour les formes animales des dieux – les oies d'Amon ou la déesse-serpent protectrice, Meresger, « celle qui aime le silence », personnification d'un éperon rocheux naturel. Il achevait enfin son voyage par une évocation [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne, docteur d'État

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Annie FORGEAU, « LES ARTISTES DE PHARAON. DEIR EL-MÉDINEH ET LA VALLÉE DES ROIS (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-artistes-de-pharaon-deir-el-medineh-et-la-vallee-des-rois/