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LA NOUVELLE JUSTINE, OU LES MALHEURS DE LA VERTU, D. A. F. de Sade Fiche de lecture

Les quatre volumes de La Nouvelle Justine, qui se présentent comme publiés en Hollande en 1797, ont en fait été fabriqués et diffusés à Paris en 1799. Ils annonçaient une suite de six volumes, parue quelques mois plus tard, l'Histoire de Juliette, sa sœur, ou les Prospérités du vice. L'anonymat et l'antidatation n'ont pas été des mesures de prudence suffisantes pour éviter à Sade (1740-1814) une levée de boucliers dans la presse et une arrestation administrative qui se révèle définitive : l'écrivain meurt à l'hospice de Charenton le 2 décembre 1814.

Sade livre ici au public une somme romanesque de dix volumes qui raconte les destinées contrastées de deux sœurs, la blonde Justine, vouée au malheur par ses vertus, et la brune Juliette, corrompue par ses vices, sachant s'imposer et réussir dans le monde. Les scènes pornographiques étaient explicitées par cent gravures non signées et justifiées théoriquement par les discours philosophiques des libertins. L'épigraphe, attribuée au poète latin Pétrone, « On n'est point criminel pour faire la peinture/ Des bizarres penchants qu'inspire la nature », pouvait difficilement n'être pas lue comme une dénégation ironique.

Les malheurs de la vertu

Deux sœurs de la grande bourgeoisie d'affaires sont brusquement réduites à la misère par une banqueroute et la mort de leurs parents. Justine tente de mettre en pratique les principes qui lui ont été inculqués et refuse d'admettre que chaque vertu qu'elle met en œuvre se retourne contre elle : « Justine, plus naïve, plus intéressante, âgée, comme nous l'avons dit, de quatorze ans, ayant reçu de la nature un caractère sombre et romantique, sentit bien mieux toute l'horreur de sa destinée ; douée d'une tendresse, d'une sensibilité surprenante, au lieu de l'art et de la finesse de son aînée, elle n'avait qu'une ingénuité [...] une candeur, qui devait la faire tomber dans bien des pièges. » Le curé qu'elle visite veut acheter ses faveurs et les riches privilégiés auxquels elle s'adresse l'entraînent dans leurs débauches avant de la faire arrêter comme voleuse. La Dubois, une femme sans scrupule, l'aide à s'évader de prison pour la forcer à entrer dans une bande de brigands dont les mœurs ne sont pas moins crapuleuses que dans les hautes classes de la société. Justine tombe ensuite entre les mains d'un marquis sodomite qui veut empoisonner sa mère, d'un anatomiste amateur qui s'exerce à la vivisection sur sa propre fille, d'un maniaque de la procréation qui viole des femmes pour mettre à mort leurs nourrissons, d'un quarteron de moines qui ont transformé leur couvent en lupanar, d'un couple tenant une « auberge rouge » dont les clients sont assassinés, d'un faux-monnayeur réfugié dans les Alpes...

À la répétition lancinante des viols et des violences subis par Justine s'oppose la carrière de Juliette qui choisit d'assumer la vénalité et le cynisme général. Elle se prostitue et devient une courtisane puissante, la maîtresse d'un ministre du roi, Saint-Fond. Une tentation vertueuse, si fugitive soit-elle, la force à s'exiler en Italie où une tournée triomphale la mène chez les principaux princes de la péninsule : le roi de Piémont, le grand-duc de Toscane, le pape, le roi des Deux-Siciles et le doge de Venise. Elle s'associe à des maîtresses et complices dans le crime, Clairwil, la princesse Borghèse, la Durand, sorcière et empoisonneuse, qu'elle n'hésite jamais à perdre pour gagner en scélératesse. Elle rentre en France après la disgrâce et la mort de Saint-Fond. Elle a désormais tout gagné : le roman l'abandonne au sommet de sa réussite.

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Écrit par

  • : professeur de littérature française à l'université de Paris-IV-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • SADE DONATIEN ALPHONSE FRANÇOIS DE (1740-1814)

    • Écrit par Béatrice DIDIER
    • 2 705 mots
    • 1 média
    Il existe trois états de l'histoire de Justine, fort différents. Les Infortunes de la vertu (publiées après la mort de Sade) furent composées en juin-juillet 1787, à la Bastille ; c'est un conte philosophique dans la tradition voltairienne, où toutes les vertus de Justine trouvent leur châtiment,...

Voir aussi