LA NOUVELLE JUSTINE, OU LES MALHEURS DE LA VERTU, D. A. F. de SadeFiche de lecture

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Les malheurs de la vertu

Deux sœurs de la grande bourgeoisie d'affaires sont brusquement réduites à la misère par une banqueroute et la mort de leurs parents. Justine tente de mettre en pratique les principes qui lui ont été inculqués et refuse d'admettre que chaque vertu qu'elle met en œuvre se retourne contre elle : « Justine, plus naïve, plus intéressante, âgée, comme nous l'avons dit, de quatorze ans, ayant reçu de la nature un caractère sombre et romantique, sentit bien mieux toute l'horreur de sa destinée ; douée d'une tendresse, d'une sensibilité surprenante, au lieu de l'art et de la finesse de son aînée, elle n'avait qu'une ingénuité [...] une candeur, qui devait la faire tomber dans bien des pièges. » Le curé qu'elle visite veut acheter ses faveurs et les riches privilégiés auxquels elle s'adresse l'entraînent dans leurs débauches avant de la faire arrêter comme voleuse. La Dubois, une femme sans scrupule, l'aide à s'évader de prison pour la forcer à entrer dans une bande de brigands dont les mœurs ne sont pas moins crapuleuses que dans les hautes classes de la société. Justine tombe ensuite entre les mains d'un marquis sodomite qui veut empoisonner sa mère, d'un anatomiste amateur qui s'exerce à la vivisection sur sa propre fille, d'un maniaque de la procréation qui viole des femmes pour mettre à mort leurs nourrissons, d'un quarteron de moines qui ont transformé leur couvent en lupanar, d'un couple tenant une « auberge rouge » dont les clients sont assassinés, d'un faux-monnayeur réfugié dans les Alpes...

À la répétition lancinante des viols et des violences subis par Justine s'oppose la carrière de Juliette qui choisit d'assumer la vénalité et le cynisme général. Elle se prostitue et devient une courtisane puissante, la maîtresse d'un ministre du roi, Saint-Fond. Une tentation vertueuse, si fugitive soit-elle, la force à s'exiler en Italie où une tournée triomphale la mène chez les principaux princes de la péninsule : le roi de Piémont, le grand-duc de Toscane, le pape, le roi des Deux-Siciles et le doge de Venise. Elle s'associe à des maîtresses et complices dans le crime, Clairwil, la princesse Borghèse, la Durand, sorcière et empoisonneuse, qu'elle n'hésite jamais à perdre pour gagner en scélératesse. Elle rentre en France après la disgrâce et la mort de Saint-Fond. Elle a désormais tout gagné : le roman l'abandonne au sommet de sa réussite.

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Écrit par :

  • : professeur de littérature française à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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SADE DONATIEN ALPHONSE FRANÇOIS DE (1740-1814)

  • Écrit par 
  • Béatrice DIDIER
  •  • 2 705 mots

Dans le chapitre « Théâtre et roman »  : […] Comme chez Baudelaire ou chez Diderot, l'homme de théâtre se révèle, chez Sade, lorsqu'il n'écrit pas du théâtre. Dans ses pièces très classiques de style et de sentiments, on ne reconnaît guère Sade, sinon par le soin extrême avec lequel il ordonne le rite : décors, machinerie, diction des acteurs, intermèdes de pantomime. Le roman lui offre en revanche le véritable théâtre qui lui était nécessai […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel DELON, « LA NOUVELLE JUSTINE, OU LES MALHEURS DE LA VERTU, D. A. F. de Sade - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-nouvelle-justine-ou-les-malheurs-de-la-vertu/