Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE, Le Tasse Fiche de lecture

Établi à Ferrare au service du cardinal Louis d'Este en 1565, Le Tasse (1544-1595) reflète bien les contradictions de son temps dans La Jérusalem délivrée qui est son œuvre majeure. Écrit durant la Contre-Réforme, période caractérisée par la rigueur morale et la stricte observation du dogme catholique, le poème devait à la fois séduire son public et l'édifier. Lourde tâche pour son auteur qui allait jusqu'à soumettre ses écrits à l'inquisiteur et qui finit par supprimer dans La Jérusalem conquise (1593) tous les passages qui attentaient, selon lui, à la pudeur.

La Jérusalem délivrée

La Jérusalem délivrée

Le sujet de La Jérusalem délivrée est tiré de l'histoire : il s'agit de la première croisade menée par Godefroi de Bouillon, qui aboutit à la conquête de Jérusalem en 1099. Ce n'est pas seulement un poème épique ou religieux, mais c'est aussi celui des amours tragiques – celles de Tancrède et Clorinde, de Renaud et Armide, pour ne citer que les deux couples principaux. Le Tasse voulait une épopée guerrière où le thème amoureux et le merveilleux seraient compatibles avec les grandes actions. Cette tension entre la sphère des passions mondaines et l'aspiration religieuse fut à la fois la gageure poétique du Tasse et le tourment de sa vie personnelle.

Une épopée chrétienne

Le récit s'ouvre par l'investiture de Godefroi de Bouillon auquel Dieu confère la mission de libérer le Saint-Sépulcre. Mais les principaux chevaliers chrétiens, Renaud et Tancrède, sont détournés de la conquête de Jérusalem par la magicienne Armide, qui tente de séduire le plus grand nombre de chevaliers possible : « Elle déploie tous les artifices pour prendre/ dans ses filets quelque nouvel amant ;/ elle n'a pas pour tous, ni toujours, le même/ visage, mais change tour à tour de façons et d'allure. » L'amour de Tancrède pour Clorinde, une guerrière musulmane, et de fausses illusions créées par Satan sont les obstacles majeurs qui retardent les croisés.

Les païens en profitent pour donner l'assaut, d'autant qu'un certain nombre de difficultés viennent enrayer la marche des chrétiens : Tancrède tue la femme qu'il aime dans une terrible méprise et tombe plus mort que vif. Le bois permettant de fabriquer les tours de combat se révèle ensorcelé. Quant à Renaud, pris dans le piège d'Armide, il se complaît dans ses jardins et s'adonne à la luxure.

Devant ce point de non-retour, l'intervention de Dieu est nécessaire : il conseille à Godefroi de faire revenir Renaud. Ce dernier se repent et rentre au camp, abandonnant celle qui l'avait envoûté. Après avoir délivré les autres chevaliers prisonniers d'Armide, il rompt l'enchantement de la forêt, ce qui rend possible l'assaut final et la victoire : « Ainsi triomphe Godefroy, et il a encore/ tant de lumière du jour devant lui,/ qu'à la cité enfin libérée, à la sainte/ maison du Christ il conduit les vainqueurs. »

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : agrégée d'italien, chargée de cours à l'université de Paris-III

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

La Jérusalem délivrée

La Jérusalem délivrée

Autres références

  • TASSE LE (1544-1595)

    • Écrit par Jean-Michel GARDAIR
    • 2 986 mots
    • 1 média
    C'est peut-être une chance unique pour nous modernes, a priori réfractaires à l'épopée mais immédiatement séduits par la sensibilité poétique du Tasse, que d'accéder à travers la Jérusalem délivrée à la dimension perdue et aux joies antiques de la grande poésie épique telle...

Voir aussi