HARING KEITH (1958-1990)

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Les graffitistes new-yorkais ont été privés en moins de deux ans de leurs chefs de file : Jean Michel Basquiat en 1988 à la suite d'une overdose, et Keith Haring, mort du sida le 16 février 1990.

Keith Haring

Photographie : Keith Haring

L'artiste américain Keith Haring dans son atelier de New York en 1984. 

Crédits : Graziano Arici/ Age Fotostock

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La carrière de Keith Haring a été fulgurante aux États-Unis et en Europe et les grandes galeries ont exposé ses peintures et sculptures-totems. En quelques années, il a imposé son graphisme et son message : en digne émule et ami d'Andy Warhol, il peint le corps de Grace Jones et le Mur de Berlin, dessine des badges et des t-shirts pour lutter contre l'apartheid et le sida et les vend dans sa pop shop de New York. Basquiat, Noir né à Brooklyn de père haïtien et de mère portoricaine, symbolisait sans équivoque le mouvement graffitiste qui envahit les rues et le métro new-yorkais des années 1970 et 1980, y exprimant la révolte constitutive d'une identité et d'une culture multi-ethniques de la pauvreté urbaine au sein d'une société de consommation et de médiatisation exacerbées ; Haring, parce qu'il était blanc, présente dans ce contexte une image ambiguë.

Né à Kutztown, Pennsylvanie, en 1958, il avoue avoir peint dès son plus jeune âge et reconnaît sa dette envers Basquiat ; il a suivi pendant six mois les cours d'une école de graphisme publicitaire à Pittsburgh, avant de venir à New York, en 1978, s'inscrire à la prestigieuse School of Visual Arts. Là, il reçoit l'enseignement d'artistes conceptuels tels que Joseph Kosuth et Keith Sonnier et il étudie la sémiologie et la vidéo, ainsi que les problèmes théoriques de l'art contemporain. Ce n'est donc pas une fatalité sociologique, mais une décision mûrement réfléchie qui fait descendre cet artiste dans la rue, puis dans le métro, moins pour y exprimer une insatisfaction que pour y réaliser des « performances » et affronter les contraintes et les libertés inhérentes au graffiti : travailler vite, dans l'illégalité, tout en s'efforçant de faire passer une émotion esthétique, complexe par nature, avec des moyens rudimentaires et dans un contact permanent et direct avec le public.

Ainsi, Haring pouvait déclarer : « Mon travail traite de bien autre chose que du graffiti. » En effet, il s'agissait d'abord pour lui de travailler dans l'immédiateté : au milieu de la foule, dans le métro, la rue, mais aussi plus tard avec des enfants dans les galeries ou les musées, comme au C.A.P.C. de Bordeaux. Il a produit des dessins aux contours nets et instantanément lisibles, où fourmillent des petits bonshommes stylisés, le plus souvent sans visage, mais parfois dotés d'une tête de serpent, de crocodile, ou en forme de téléviseur à l'extrémité d'un cou démesurément long. Quelques personnages récurrents y apparaissent, tels que l'Enfant rayonnant (The Radiant Child) entouré de petits rayons de lumière ou d'énergie exprimant la surprise, la joie ou la force de l'innocence au beau milieu d'un monde où règnent le sexe, la violence et les médias. Cette pureté sans remords du dessin et du trait – « Si la peinture coule... eh bien, elle coule » – témoigne de la volonté de Haring, au-delà ou en deçà de tout message, de retrouver, à la source, l'essence de l'acte de peindre ou de dessiner : « Le geste pur consistant à exécuter des signes sur une surface, c'est le même acte [...] qui existe depuis les origines, le même acte que celui de l'homme des cavernes. »

Le journal de Keith Haring, publié en 2012, permet de suivre la genèse de son œuvre et ses influences depuis 1977 (il a dix-neuf ans) jusqu'en 1989.

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  • : agrégé, docteur de troisième cycle, maître de conférences à l'université de Pau, directeur du Centre intercritique des arts du domaine anglophone

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Dans le chapitre « Le graffiti au XXe siècle : du territoire à l'œuvre d'art »  : […] Au xx e  siècle, les graffiti étaient, aux États-Unis comme en Europe, étroitement associés aux gangs. Ces derniers les utilisaient à diverses fins : marquer ou revendiquer un territoire, commémorer un membre décédé, glorifier un acte commis par un membre du gang ou encore lancer un défi à un rival. Les graffiti, particulièrement fréquents dans les grandes villes, prennent souvent pour cible les s […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bertrand ROUGÉ, « HARING KEITH - (1958-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/keith-haring/