JUAN CARLOS Ier (1938- ) roi d'Espagne (1975-2014)

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Roi d'Espagne de 1975 à 2014.

Fils de don Juan, comte de Barcelone, et de Maria de las Mercedes de Bourbon, princesse des Deux-Siciles, petit-fils d'Alphonse XIII, Juan Carlos de Bourbon est né à Rome le 5 janvier 1938. En 1941, le prince et sa famille quittent l'Italie pour les environs de Lausanne où ils demeurent cinq ans. Lors de la défaite de l'Axe, don Juan, héritier légitime du trône d'Espagne, publie un manifeste dans lequel il désavoue le régime de Franco, et somme le Caudillo de renoncer au pouvoir : en vain. En 1946, Juan Carlos et les siens s'installent à Estoril près de Lisbonne. L'année suivante, Franco fait approuver par référendum une « loi de succession » qui transforme l'Espagne en royaume, mais il se réserve le droit de désigner ou de révoquer son successeur. Le Caudillo organise en août 1948 une rencontre avec le comte de Barcelone sur son yacht, l'Azor, au large de Saint-Sébastien. Les entretiens portent sur l'avenir de Juan Carlos qui est autorisé à faire ses études en Espagne. En septembre 1948, le prince est inscrit à l'institution de San Isidro à Madrid, qu'il quittera en 1954. En décembre 1954 a lieu une nouvelle entrevue, officielle cette fois-ci, entre Franco et don Juan à Cáceres en Estrémadure ; les deux hommes conviennent que Juan Carlos entrera en juillet 1955 comme cadet à l'académie militaire de Saragosse ; promu lieutenant d'infanterie en juin 1957, l'infant est reçu au palais du Pardo par le Caudillo. Il sert ensuite dans la marine en faisant le tour du monde sur le navire-école Juan Sebastian el Cano : ce voyage est l'occasion pour lui de parcourir les États-Unis avec son père et lui vaut la promotion de capitaine de frégate (1958). Enfin, il entre à l'École de l'armée de l'air. En 1962, il épouse à Athènes la princesse Sophie de Grèce, et le couple s'installe au palais de la Zarzuela aux environs de Madrid. La loi organique de 1966, approuvée par référendum, réaffirme la qualité de royaume dévolue à l'Espagne, et c'est le 5 janvier 1968 que Juan Carlos atteint ses trente ans, âge requis pour la majorité constitutionnelle ; en février, le baptême de son fils aîné, l'infant Felipe, se déroule en présence de la veuve d'Alphonse XIII et du comte de Barcelone dont l'audience dans les milieux monarchistes inquiète Franco. Aussi, par un décret signé en juillet 1968, proclame-t-il que l'héritier du trône est le deuxième personnage de l'État après lui dans les cérémonies officielles ; la présence fréquente de Juan Carlos au côté du dictateur confirme le choix de ce dernier. En juillet 1969, Franco célèbre le trentième anniversaire de son régime en faisant approuver par les Cortes la désignation de l'infant comme son successeur. Pendant les six années qui le séparent du trône, Juan Carlos parcourt de nombreux pays. À la mort de Franco (20 nov. 1975), il est proclamé roi d'Espagne sous le nom de Juan Carlos Ier, et bien qu'il ait prêté serment de fidélité au Mouvement national franquiste devant les Cortes, il fait évoluer son pays vers la démocratie. Celle-ci, timide sous le cabinet d'Arias Navarro, progresse de façon spectaculaire à partir du moment où le roi choisit comme président du gouvernement Adolfo Suárez, un ami personnel (juill. 1976) ; le nouveau ministre fait approuver par référendum, en décembre, la loi de réforme politique et organise les élections législatives du 15 juin 1977, où sont représentées légalement les principales formations politiques. Pendant ce temps, le roi effectue des déplacements dans les provinces périphériques, régions névralgiques où se manifeste l'opposition. Il signe des décrets qui consacrent la liquidation du franquisme et, s'il s'abstient généralement de présider les conseils du gouvernement, et s'il ne prend pas part au scrutin du 15 juin, il désigne le soir même les quarante et un sénateurs à vie. Ses voyages en Amérique et en Europe doivent contribuer à l'intégration de son pays dans le concert européen et mondial.

Franco et Juan Carlos, 1974

Photographie : Franco et Juan Carlos, 1974

Le général Franco (1892-1975) et le prince Juan Carlos de Bourbon, futur roi d'Espagne, lors de la célébration, en 1974, du trente-cinquième anniversaire de la fin de la guerre civile. 

Crédits : Keystone/ Hulton Royals Collection/ Getty Images

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Funérailles de Franco, 1975

Photographie : Funérailles de Franco, 1975

Les funérailles du général Franco (1892-1975), à Madrid, le 23 novembre 1975. 

Crédits : Central Press/ Hulton Archive/ Getty Images

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Juan Carlos Ier

Photographie : Juan Carlos Ier

Petit-fils du roi d'Espagne Alphonse XIII, Juan Carlos, après avoir provisoirement exercé les pouvoirs du général Franco quand celui-ci était malade, fut désigné par le dictateur comme son successeur. Couronné en novembre 1975, il fit progressivement évoluer le régime vers la démocratie. 

Crédits : Alan Band/ Hulton Archive/ Getty Images

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La résolution et le sens politique de Juan Carlos ont largement contribué à enraciner en Espagne la monarchie parlementaire instaurée par la Constitution de 1978. Son sang-froid lors de la tentative de coup d'État du 23 février 1981, qui traduit le mécontentement des forces armées devant l'incapacité des politiciens à combattre le terrorisme basque, lui permet de reprendre la situation en main et de sauver la démocratie espagnole. Son engagement personnel pour exiger de l'armée qu'elle soutienne le gouvernement rassemble le pays autour de sa personne. Dès lors, s'il n'intervient pas dans la conduite des affaires du pays, auquel il s'adresse chaque année le soir de Noël, le roi constitue le symbole de l'unité de l'Espagne.

En mars 1992, cinq cents ans après qu'Isabelle la Catholique eut signé le traité d'expulsion des juifs d'Espagne, il entre au côté du président israélien Haïm Herzog dans la synagogue de Madrid, mettant ainsi fin à un épisode honteux de l'histoire de l'Espagne. La même année, plutôt que de « célébrer » la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, alors que les nations indigènes dénoncent les crimes commis par les conquistadores, Juan Carlos préfère mettre en place une nouvelle forme de coopération avec les peuples de ce continent : en juillet 1992, dix-neuf chefs d'État et de gouvernement participent à Madrid au deuxième sommet ibéro-américain (le premier avait eu lieu un an plus tôt, à Guadalajara, au Mexique). C'est dans la même instance, en 2007, lors du dix-septième sommet, que le roi n'hésite pas à soutenir le président du gouvernement José Luís Rodríguez Zapatero pour enjoindre le président vénézuélien Hugo Chávez de cesser d'insulter l'ancien président du gouvernement espagnol José Maria Aznar. Au tournant des années 2010, bien que toujours populaire parmi les Espagnols, le roi doit faire face à des scandales qui mettent à mal la couronne, alors que le pays traverse une crise économique sans précédent. Le 2 juin 2014, alléguant le besoin de renouveau pour l’Espagne, Juan Carlos annonce son intention d’abdiquer en faveur de son fils, le prince Felipe. Celui-ci devient roi d’Espagne, sous le nom de Felipe VI, le 19 juin 2014, lendemain de l’abdication officielle de son père. Quelques mois après que son fils a refusé son héritage et lui a retiré l’allocation que l’État lui versait annuellement, Juan Carlos décide, en août 2020, de s’exiler et s’envole pour les Émirats arabes unis.

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Franco et Juan Carlos, 1974

Franco et Juan Carlos, 1974
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Funérailles de Franco, 1975

Funérailles de Franco, 1975
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Marie-France SCHMIDT, « JUAN CARLOS Ier (1938- ) roi d'Espagne (1975-2014) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/juan-carlos-ier/