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VANE JOHN R. (1927-2004)

Les travaux du pharmacologue britannique John Vane sont à l'origine de l'adoption par les cardiologues d'un vieux médicament : l'aspirine. L'intérêt de son administration à faible dose pour la prévention des accidents cardio-vasculaires (coronariens ou cérébraux) repose sur l'impact de l'aspirine sur les enzymes de régulation de la production des prostaglandines. Après avoir compris les conditions de l'interaction du couple aspirine-endothélium des vaisseaux sanguins, Vane proposa un paradigme pharmacologique consistant à passer de la propriété d'un médicament à la compréhension du mécanisme d'action d'une classe thérapeutique, transformant ainsi une simple découverte en un nouveau concept scientifique. On doit encore souligner son rôle majeur dans la mise en évidence d'un nouvel « organe », l'endothélium vasculaire apparaissant avec lui comme « acteur physiologique » et cible pharmacologique de médiateurs chimiques qu'il contribua à définir dans leur nature et leur fonction : non seulement les prostaglandines, mais aussi les facteurs de relaxation ou de contraction de l'endothélium vasculaire.

John Robert Vane est né à Tardebigg, dans le Worcestershire, le 29 mars 1927. Passionné, dès l'enfance, par les expériences de chimie, il s'oriente vers le département de chimie de l'université de Birmingham, en 1944. Il poursuit sa formation en 1946 au laboratoire d'Harold Burn, à Oxford, où il prépare une maîtrise de pharmacologie, puis une thèse qu'il présente en 1953 ; formation parachevée par deux années à l'université Yale à l'invitation d'Arnold Welch. De retour au sein du département de pharmacologie de l'université de Londres, il connaît vingt années de complet épanouissement.

Les travaux de John Vane doivent beaucoup à un ingénieux système de dosage biologique en « temps réel » des « hormones » présentes dans le flux sanguin irriguant un organe isolé : le blood-bathed organ cascade. Cette technique, dérivée de la perfusion d'organe isolé, était extraordinairement puissante, permettant une discrimination très fine des substances étudiées : angiotensine, bradykinine, prostaglandines.

Nommé directeur de la recherche et du développement de la Wellcome Foundation en 1973, Vane découvre, peu après, la prostacycline. Pour cela, il utilise la fraction microsomale d'un homogénat de plaquettes sanguines qui permet de convertir des prostaglandines cycliques, les endoperoxides, en une substance beaucoup plus puissante que le thromboxane A, déjà connu pour ses propriétés anticoagulantes. D'abord appelée PGX puis PGI, cette substance, la prostacycline, se révélait être un puissant inhibiteur de l'agrégation plaquettaire, contractant certains muscles lisses et agissant sur la tension de vaisseaux isolés. Vane émit l'hypothèse selon laquelle les propriétés de la prostacycline expliquaient la résistance vasculaire à l'adhésion spontanée des plaquettes sur l'endothélium. Son analogue, Iloprost, fut commercialisé, sous le nom d'Ilomedine, pour le traitement de certaines artériopathies invalidantes ; l'époprosténol, sous le nom de Flolan, est devenu un mode de traitement majeur de l'hypertension pulmonaire primaire (ou essentielle), maladie très sévère et souvent mortelle

Le nombre de ses publications scientifiques, voisin de 900, laisse entrevoir un chercheur curieux de tout. Mais sa découverte essentielle reste l'explication du mécanisme d'action de l'aspirine (et plus généralement des anti-inflammatoires non stéroïdiens) par inhibition de la cyclo-oxygénase et le blocage de la synthèse des prostaglandines, substances endogènes pro-inflammatoires. Vane expliqua l'effet des médicaments anti-inflammatoires (dont l'aspirine[...]

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Écrit par

  • : pharmacien des hôpitaux, chef du service pharmacologie-toxicologie de l'Hôtel-Dieu, Paris

Classification

Pour citer cet article

François CHAST. VANE JOHN R. (1927-2004) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Autres références

  • PROSTAGLANDINES

    • Écrit par
    • 3 574 mots
    Selon J. Vane, lorsque les plaquettes heurtent la paroi interne d'un vaisseau sain, elles libèrent des endoperoxydes qui sont transformés par une enzyme de l'endothélium vasculaire en PGI2 qui empêche leur agrégation. Si la paroi du vaisseau se trouve altérée, la formation de PGI2 n'a...