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SYNGE JOHN MILLINGTON (1871-1909)

Contemporain et admirateur de Yeats, auquel, dans les profondeurs, il s'opposa sans doute plus qu'on ne pense, ami de lady Gregory qui fit tant pour la renaissance des anciennes légendes essentielles au patrimoine culturel de leur pays, Synge est indissociablement lié à l'histoire du théâtre en Irlande. Il ne fut pas seulement un créateur qui inventa un ton nouveau dans le drame et la farce, mais aussi l'un des meilleurs interprètes de l'âme de son peuple, avec ses qualités si particulières d'humour, de réalisme, ses croyances au surnaturel, ses sarcasmes, son goût de la fabulation. Témoin incomparable de la vie des paysans et des pêcheurs de régions superbes et déshéritées, Synge dépeint un monde primitif auquel il redonne sa véritable dimension, enrichissant la vérité vécue grâce à l'apport du rêve : derrière ces personnages savoureux, ces chemineaux, ces rétameurs, ces ivrognes, ces vieilles femmes et ces jeunes paysannes, vivant dans le Wicklow, le Kerry, le Connemara et les îles d'Aran, se profilent les chevaliers téméraires, les rois et les reines des légendes celtiques. Ainsi chaque anecdote, chaque lieu, chaque être transcende-t-il ses limites pour atteindre à la vérité intemporelle et sans frontières du mythe.

Du rêve au réel

John Millington Synge est né à Rathfarnham, près de Dublin, d'une famille protestante de riches propriétaires terriens qui avait compté plusieurs évêques. Son père, juriste, mourut de la variole dès 1872, et Synge fut élevé par sa mère : éducation rigide, dont on trouve le récit dans l' Autobiographieoù, en quelques fragments saisissants, l'écrivain livre ses terreurs d'enfant, sa perte de la foi à la lecture de Darwin, ses premières déceptions d'adolescent, sa peur de l'enfer et sa vision de deux yeux fantomatiques dans les brumes du Wicklow. Ces nombreux drames intérieurs s'accompagnèrent de graves ennuis de santé (asthme) et d'un intense sentiment de révolte à la vue de certaines injustices, comme l'éviction brutale des paysans par les propriétaires fonciers. Un des frères aînés de Synge, alors que le futur écrivain n'avait encore que quatorze ans, donna lui-même un de ces ordres d'expulsion à un simple d'esprit dans le Wicklow, si bien que le nom de Synge fut honni des paysans de la région. Il semble évident que la passion avec laquelle Synge dépeignit et défendit ensuite la cause de ces êtres démunis, sarcastiques mais capables d'absurdes et sublimes élans de joie, a pour origine l'indignation ressentie contre de tels abus. Synge s'affirma peu à peu en opposition sourde et totale avec les siens, et il exprima son sentiment d'amère solitude dans les courts poèmes qu'il commença de composer dès 1892 : « Je vivrai sans joie et glacé mais pur / Et je ne donnerai pas à la terre / De jeunes vies qui voient ce que j'ai vu / Et maudissent comme moi leur naissance. » C'est à la poésie de Wordsworth, à la musique, à l'enchantement que lui inspirèrent les collines et les ravins du Wicklow, ces vallons sauvages des environs de Dublin, qu'il demandera la chaleureuse présence qu'aucun être humain ne lui octroyait.

Il fit ses études au Trinity College de Dublin ; se passionnant pour les origines de la littérature irlandaise, il étudia l'hébreu, le gaélique et les légendes celtiques, parmi lesquelles le toucha tout particulièrement celle de Deirdre, qui devait également inspirer W. B. Yeats et le poète George Russell, qui signait Æ. Ce récit, datant du ixe siècle, raconte le suicide de la belle Deirdre dont l'amant fut tué par le roi d'Ulster, Conchubar. De ce thème, Synge tira sa pièce Deirdre des douleurs. Ce qui le fascina dans ces légendes, c'est leur parenté avec les mythes grecs, et cette foi commune aux peuples grec et irlandais[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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