SYNGE JOHN MILLINGTON (1871-1909)

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Le réalisme poétique

C'est ce réalisme que l'on retrouve dans les pièces de Synge : L'Ombre de la vallée (The Shadow of the Glen, 1903), Cavaliers à la mer (Riders to the Sea, 1904), La Fontaine aux saints (The Well of the Saints, 1905), Le Baladin du monde occidental (The Playboy of the Western World, 1907), La Noce du rétameur (The Tinker's Wedding, 1909), Deirdre des douleurs (Deirdre of the Sorrows, 1910). Leur nouveauté est d'avoir mêlé à des cadences inspirées de l'ancienne et riche langue gaélique un parler cru, presque brutal. Les personnages y expriment ses thèmes obsédants : combien est proche l'inévitable mort, car « aucun homme ne peut vivre toujours, ce dont il faut se contenter » (Cavaliers à la mer) ; combien il est difficile de conjurer la fatalité et l'influence des éléments ; combien est hypocrite la vision du mariage et du couple (L'Ombre de la vallée) ; combien le puritanisme et l'orgueil empêchent la réalisation de tout ce dont on rêve (la Pegeen du Baladin). À la hardiesse de la langue répond la hardiesse des types nouveaux créés par Synge et fondés sur sa connaissance des îles et du Wicklow, personnages qui firent scandale à Dublin : femmes adultères, prêtres corrompus, fils parricides. Une semaine entière d'émeutes salua, en 1907, la représentation du Baladin du monde occidental. Ces pièces furent données au célèbre Abbey Theatre, fondé dès 1904, où l'on joua aussi Yeats et lady Gregory.

Ce souci de vérité, Synge l'avait exprimé dans la préface de ses poèmes, où il prend nettement position contre tout style dit poétique, et c'est l'élément personnel qui lui paraît essentiel : « Villon, Herrick et Burns ont fait passer toute leur vie dans leurs poèmes, et les œuvres composées de la sorte ont été lues par les hommes au cœur bien trempé, les voleurs comme les diacres, et non point seulement par des petits clans. »

Les dernières années de Synge furent assombries par sa passion difficile pour l'actrice Molly Allgood et la hantise de sa maladie : atteint d'une tumeur maligne, il mourut à Dublin, âgé de trente-huit ans. Rien n'est plus caractéristique de Synge que ces paroles dites à Yeats : « Il nous faut à la fois l'ascétisme, le stoïcisme et l'extase ; on en trouve souvent deux, mais jamais les trois ensemble. » Ou encore ces pensées qui terminent le fragment autobiographique Vita vecchia : « Nous avons tort de chercher un fondement à l'extase dans la philosophie ou les choses cachées de l'esprit – si toutefois l'esprit existe –, car c'est quand la vie atteint à sa plus grande simplicité, sans rien qui la précède ou la dépasse, que le mystère est le plus grand et nous pouvons à peine le supporter [...] Nous devons vivre comme les oiseaux qui ont chanté ou qui vont chanter le long du chemin : on les tue en plein vol, on les mutile, on les torture, mais ils continuent de chanter – du moins ceux qui survivent... »

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Diane de MARGERIE, « SYNGE JOHN MILLINGTON - (1871-1909) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-millington-synge/