FAYE JEAN-PIERRE (1925- )

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Après avoir passé l'agrégation de philosophie en 1950, Jean-Pierre Faye, né à Paris, enseigne à Reims, Chicago, Lille. Entre 1958 et 1970, il publie six romans – Entre les rues (1958), La Cassure (1961), Battement (1962), Analogues (1964), L'Écluse (prix Renaudot 1964) et Les Troyens (1970) – qui constituent L'Hexagramme, réseau de récits entrecroisés où le lecteur est convié à lire plus que ce qui lui est raconté, à soupçonner, au-delà de la narration, le mythe, l'histoire, le philosophie et la littérature. Grand lecteur d'Homère et de Dante, Jean-Pierre Faye a voulu donner à ses recherches sur le texte les plus « modernes » un souffle et une ampleur épiques. Outre L'Hexagramme, trois ensembles peuvent se distinguer à l'intérieur de cette œuvre éclectique et polymorphe : les essais sur le langage et le pouvoir du récit, les ouvrages d'analyses historiques, les poésies. Parmi les essais théoriques, deux titres s'imposent : Langages totalitaires (1972) et La Critique du langage et son économie (1973). Parallèlement au travail entrepris par un Noam Chomsky, par exemple, Jean-Pierre Faye élabore une critique littéraire qui s'inscrit, autant que son objet d'étude, dans le champ narratif. Lecture et écriture sont désormais considérées comme un seul état de la langue, à un moment donné de l'histoire. Dans Les Grandes Journées du père Duchesne, ses joyeuses et horribles narrations (1978), Jean-Pierre Faye a mis en évidence ce rapport étroit, ambigu, entre histoire et récit, c'est-à-dire entre la vérité et la fiction. Dans ses ouvrages plus spécifiquement consacrés à l'histoire contemporaine, il s'est attaché à démonter des systèmes sociaux, économiques ou politiques à partir du langage qui les portait (Luttes de classes à Dunkerque, les morts, les mots, les appareils d'État, 1973 ; Migrations du récit sur le peuple juif, 1974 ; Le Portugal d'Otelo ; la révolution dans le labyrinthe, 1976 ; L'Europe une : les philosophes et l'Europe, 1992). Quant à sa poésie, influencée par Mallarmé, Hölderlin et une certaine tradition philosophique allemande, elle veut « écrire la parole et le silence ». Couleurs pliées (1965), Verres (1977), Syeeda (1977) ou Ode Europe (1992) témoignent de cette exigence. Mais si la philosophie cherche à instituer des vérités, la poésie, comme le roman, reconnaît au mensonge — aux rêves, aux fables, aux légendes — une valeur réelle. La multiplicité d'écritures de Jean-Pierre Faye traduit sans doute son souci de capter tous les discours humains et de s'approcher au plus près de leur source pour comprendre ce désir, original, d'écrire, de parler, de communiquer avec les autres hommes.

Dans la logique de son livre Langages totalitaires, Jean-Pierre Faye a par ailleurs développé une réflexion d'une grande richesse sur le xxe siècle et ses dérives (La Déraison antisémite et son langage, 1913 ; Le Piège : La philosophie heideggerienne et le national-socialisme, 1994 ; Le Siècle des idéologies, 1996 ; Le Vrai Nietzsche : guerre à la guerre, 1998 ; Voies nouvelles de la philosophie, 2008 ; L’Histoire cachée du nihilisme, avec Michèle Cohen-Halimi, 2008)

Après avoir été, à partir de 1963, membre du comité de rédaction de la revue Tel Quel, Jean-Pierre Faye fonde en 1967 la revue Change avec Maurice Roche et Jacques Roubaud. Placée sous le signe des formalistes russes, elle jouera jusqu’en 1985 un rôle important dans le domaine de l'expérimentation poétique.

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François POIRIÉ, « FAYE JEAN-PIERRE (1925- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-pierre-faye/