METZINGER JEAN (1883-1956)

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Le 30 septembre 1911 s'ouvrait le Salon d'automne où étaient exposés, parmi d'autres œuvres, des tableaux de Jean Metzinger qui provoquèrent de vives réactions et des discussions violentes. L'accueil du public fut d'ailleurs hostile. Pourtant, depuis 1907, le réalisme avait été mis en question par Les Demoiselles d'Avignon de Picasso, la grande brèche ouverte dans la figuration de l'art occidental. Metzinger avait aussi exposé dans la fameuse salle 41, au Salon des indépendants qui s'était tenu au printemps de la même année, et dont il avait été l'un des principaux organisateurs.

Metzinger, né à Nantes en 1883, s'était consacré à la peinture en suivant une formation technique fondée sur la pratique néo-impressionniste. Après avoir subi pendant un court instant l'influence du fauvisme, il se convertit aux démarches cubistes en 1910, date à laquelle il expose le Portrait de Guillaume Apollinaire. L'année suivante, l'artiste exécute Le Goûter (1911, Museum of Art, Philadelphie), qui permet de saisir les caractères principaux de son écriture plastique. L'élément figuratif, pivot de l'œuvre, se trouve situé au centre de la composition : autour de cette structure assez précise, le peintre module une analyse de l'espace qui apparaît sous la forme d'une déconstruction agencée en facettes colorées, attitude prudente dans l'approche du cubisme analytique. Une liberté plus grande et plus évidente apparaît en 1912, année pendant laquelle Metzinger prépare avec Gleizes le premier ouvrage théorique consacré au mouvement, Du cubisme. La même année, il participe à l'exposition de la Section d'or, groupe d'artistes qui se réunissaient à Puteaux dans l'atelier de Jacques Villon, en présentant douze toiles. Au cours de cette exposition qui se tenait chez un marchand de meubles, Apollinaire fit une conférence.

L'Oiseau bleu (1913, Musée national de la Ville de Paris) semble incarner cette « synthèse fragmentaire située dans la durée » qui n'obéit plus à aucun impératif traditionnel. L'espace, violemment rabattu vers le spectateur, n'est plus qu'un signe de référence, noyé parmi d'autres notations picturales qui se juxtaposent en des rythmes amples et très ordonnés. Cette composition se rapproche d'ailleurs plus de la tendance systématique de Gris que de celle, plus expérimentale, de Picasso.

Metzinger, qui avait connu très tôt les fondateurs du cubisme, joua un rôle très important en tant que porte-parole du groupe. Il déploya un effort considérable pour gagner la compréhension du public, et ses qualités tant d'écrivain que de peintre donnèrent à ses écrits une valeur toute particulière.

Vers 1920, le peintre crée des compositions parfaites et rigoureuses, structures géométrisantes desquelles tout accident est éliminé, et qui permettent au spectateur de reconstruire les volumes de la figuration sous-jacente (Nature morte, 1917, galerie Beyeler, Bâle). Après 1924, Metzinger oscillera de la figuration à l'abstraction, en créant une peinture simple, pure et riche encore de souvenirs cubistes. Son évolution, semblable sous certains aspects à celle de Severini, révèle toute la complexité et toutes les nouveautés apportées par le cubisme à la peinture du xxe siècle.

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  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

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Pour citer l’article

Charles SALA, « METZINGER JEAN - (1883-1956) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-metzinger/