FOURASTIÉ JEAN (1907-1990)

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Économiste, sociologue, moraliste, Jean Fourastié a exercé de multiples fonctions. Au cours de sa carrière, il a été notamment commissaire contrôleur général des assurances, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, président de la Commission de la main-d'œuvre du commissariat général au Plan, membre de l'Institut (Académie des sciences morales et politiques). Par ses écrits et son enseignement, Fourastié a profondément marqué la seconde moitié du xxe siècle. Il est l'auteur d'une quarantaine de livres, rédigés parfois en collaboration avec sa femme et sa fille ou des amis, et qui ont été traduits en de multiples langues.

Dans cette œuvre immense et diverse, il est possible de distinguer quatre composantes. La première relève de la science économique.

Jean Fourastié s'est passionné pour l'élaboration et l'analyse de séries longues de prix et de salaires. Dans L'Évolution des prix à long terme (1969), dans Pourquoi les prix baissent ? (1984) et dans d'autres ouvrages, il a mis en évidence l'ampleur des hausses de revenus réelles engendrées depuis cent cinquante ans par le progrès technique et la croissance de la productivité. À cette fin, il a calculé systématiquement le rapport des principaux prix au salaire horaire du travailleur non qualifié et a pu ainsi déterminer le nombre d'heures de travail nécessaire à un tel travailleur pour payer à différentes dates un kilo de pain, une paire de chaussures ou, plus récemment, une automobile. Des techniques analogues ont permis à Jean Fourastié d'étudier l'évolution de l'éventail des salaires en fonction des qualifications au cours du xxe siècle.

La deuxième composante de l'œuvre de Jean Fourastié se rattache à la longue suite d'essais qu'il a consacrés à la transformation économique et sociologique de la France. L'un des premiers d'entre eux fut, en 1949, Le Grand Espoir du XXe siècle, où il a expliqué, en s'inspirant des travaux de l'économiste australien Colin Clark, pourquoi la croissance économique était indissociable d'une redistribution de la main-d'œuvre entre les trois secteurs de l'économie que sont le secteur primaire (agriculture et mines), le secteur secondaire (industrie) et le secteur tertiaire (services). Jean Fourastié a ainsi permis à de nombreux lecteurs de comprendre que le développement économique des années 1950 et 1960 supposait une migration de la main-d'œuvre de l'agriculture vers l'industrie et d'une branche à l'autre au sein de l'industrie. Ce message, Jean Fourastié devait, en sa qualité de président de la Commission de la main-d'œuvre du commissariat au Plan, le faire comprendre à des partenaires sociaux encore marqués par la stagnation et les conflits des années 1930.

Trois décennies plus tard, en 1979, Jean Fourastié devait publier un autre livre célèbre, Les Trente Glorieuses, dans lequel il fait prendre conscience de l'ampleur de la révolution invisible qui s'est produite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. À cette fin, il compare deux villages, l'un de type sous-développé, l'autre à haut niveau de vie, et révèle ensuite qu'il s'agit du même, décrit une première fois en 1946, une seconde en 1975.

Enfin, dans D'une France à l'autre, écrit en 1987 avec sa fille Jacqueline, il revient sur l'importance des changements survenus dans notre pays au cours du demi-siècle, mais cette fois la vision de l'avenir se fait plus morose, voire tragique. Seule note d'espoir : « Nous sommes convaincus que le renouveau viendra de l'excès du mal. » Sous-jacente dans la plupart des livres, mais au centre de certains d'entre eux, la troisième composante de l'œuvre de Jean Fourastié est tout entière imprégnée d'interrogations éthiques et de certitudes religieuses. Ainsi, en 1967, les Essais de morale prospective abordaient les problèmes éthiques soulevés par le progrès scientifique et le développement économique, des problèmes devenus fort actuels. Dans Ce que je crois, en 1981, Jean Fourastié tente d'analyser les racines de sa foi chrétienne en introduisant la notion de surréel (le réel inobservé ou inobservable, le réel du devenir) et explique que, pour lui, le catholicisme constitue « la moins mauvaise des écoles de surréalité ».

Extrêmement diverse, la quatrième composante de l'œuvre de Jean Fourastié révèle sa disponibilité pour des sujets variés. Quelques titres pa [...]

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Pour citer l’article

Jacques LESOURNE, « FOURASTIÉ JEAN - (1907-1990) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-fourastie/