EUSTACHE JEAN (1938-1981)

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Le cinéaste Jean Eustache est célèbre pour La Maman et la putain qui provoqua un scandale lors de sa présentation au festival de Cannes en 1973, tout en remportant le prix spécial du jury. Est-il légitime de réduire sa courte carrière à ce seul film ? Sa filmographie est assez brève. Il n'a réalisé que deux longs-métrages de fiction, distribués en salle (La Maman et la putain, puis Mes Petites Amoureuses, 1974). Mais il a également signé une dizaine de courts ou moyens-métrages de type documentaire ou expérimental depuis Du côté de Robinson (1963, 42 minutes) jusqu'aux Photos d'Alix (1980, 17 minutes). En un peu moins de vingt ans, ces films explorent des zones rares du « cinéma du réel » comme du cinéma autobiographique le plus radical ; ils déplacent les frontières des genres comme les lois de la représentation conventionnelle, mais aussi les règles de la bienséance, comme en témoigne le double récit provocateur d'Une sale histoire (1977).

Le cinéaste a choisi de mettre fin à ses jours une nuit de novembre 1981, en organisant son suicide comme une mise en scène très contrôlée, celle qui est sans espoir de retour.

Le roman d'un jeune homme pauvre

La vie de Jean Eustache est, à elle seule, un roman fulgurant, le « roman d'un jeune homme pauvre » – l'expression est utilisée par Alexandre dans La Maman et la putain –, mal aimé de sa mère, devenu cinéphile provocateur dans la seconde phase de la Nouvelle Vague, puis dandy autodestructeur, séducteur obsessionnel, mais aussi envoûtant qu'un maître de secte. L'une de ses amoureuses et victimes, Evane Hanska, en a donné, un portrait bouleversant : Mes Années Eustache (2001).

Jean Eustache est né en 1938 à Pessac, dans la banlieue de Bordeaux qu'il filme à deux reprises dans ses Rosières, en 1968 et 1979. Il est donc un peu plus jeune que ses prédécesseurs de la Nouvelle Vague, tous nés autour de 1930, comme Chabrol, Godard et Truffaut. Son origine sociale est très modeste : « C'est l'irruption du prolétariat dans le milieu petit-bourgeois des Cahiers du cinéma », dira Jean Douchet. De cette origine, demeure dans toute l'œuvre une connivence forte avec les milieux populaires et leur culture, notamment les chansons des années 1930, celles de Damia, de Fréhel, de Charles Trenet et Édith Piaf, que l'on entend dans La Maman de la putain et Mes Petites amoureuses. Les parents d'Eustache se séparent quand il est très jeune. Sa mère le confie alors à sa grand-mère maternelle, Odette Robert, à qui il consacrera un très long portrait en 1971, Numéro Zéro, resté inédit puis repris en 1980 sous le titre Odette Robert. En 1952, sa mère, qui vit avec un ouvrier agricole espagnol à Narbonne, dans un petit appartement, le fait venir auprès d'elle. Elle ne l'envoie pas au collège mais dans un centre d'apprentissage où il passe un C.A.P. d'électricien. Autant d'éléments biographiques qui seront repris littéralement dans le scénario de Mes Petites amoureuses. Eustache arrive à Paris en 1957 et entre à la S.N.C.F. comme ouvrier spécialisé. En pleine guerre d'Algérie, à l'appel du contingent, il refuse de partir, tente de se suicider et passe une année en hôpital psychiatrique, où il subit des électrochocs. Il rencontre alors Jeanne Delos, qu'il épouse et dont il aura deux fils, Patrick et Boris. Par l'intermédiaire de « Jeannette », secrétaire au Cahiers du cinéma, Eustache fait la connaissance des critiques de la revue et du très jeune producteur Pierre Cottrel, qui produira ses deux longs-métrages.

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  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Michel MARIE, « EUSTACHE JEAN - (1938-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-eustache/