REGNAULT JEAN-BAPTISTE (1754-1829)

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Par l'importance de son œuvre, la qualité de ses élèves (Guérin par exemple), les honneurs qu'il reçut (membre de l'Institut en 1795, décoré par Napoléon et anobli), Regnault a pu être considéré et s'est en tout cas voulu comme le rival et l'égal de David. Aussi bien, le règne et le génie davidiens ont-ils obscurci toute une famille de peintres néo-classiques, moins marqués par la passion de l'Antiquité et plus sensibles aux exemples du xviie siècle, plus proches en fait de Mengs que de Flaxman, moins respectueux du modèle que David ne l'était par son réalisme foncier, moins portés à la tension héroïque. Le véritable maître de Regnault est en fait Guido Reni, dont il retrouve et transpose l'élégance, la brillance du coloris et l'acuité linéaire. Dans le néo-classicisme français, Regnault apporte une marque et une culture originales : celle du classicisme romain de la première moitié du xviie siècle.

Regnault obtient le grand prix de Rome en 1776 avec Diogène visité par Alexandre (École des beaux-arts, Paris), tableau dont la dignité évoque celle de l'Alexandre à la tente de Darius de Le Brun et dont les grâces font penser à Lépicié. Des évocations mythologiques où Regnault, à la différence de David, se complaît, la plus célèbre et sans doute la mieux réussie reste L'Éducation d'Achille par le centaure Chiron (1783, Louvre), qui fut son morceau de réception à l'ancienne Académie. La comparaison avec le tableau-archétype de Guido Reni (également au Louvre) s'impose naturellement par la perfection glacée de la couleur et la précision de l'arabesque des corps. Dans Les Trois Grâces (1799, Louvre), Le Jugement de Pâris (Detroit Institute), comme à la fin de sa vie dans le très corrégien Io et Jupiter (1827, musée de Brest), Regnault affirme la continuité de son goût pour des évocations sensuelles et nobles, qui n'hésitent pas à affronter le grand format et dont la perfection décorative appelle à un rapprochement avec ce que fut l'art lui-même archaïsant d'un Sassoferrato ou d'un Donato Creti au xviie et au xviiie siècle.

Le peintre est capable de se hausser à la peinture religieuse. La Descente de Croix (1789, Louvre), commandée pour la chapelle de Fontainebleau, a la puissance et la maîtrise des grands Bolonais. Dans ses contributions à la peinture d'histoire contemporaine qu'exigeait et affectionnait Napoléon, Regnault reste fidèle à son génie. La Mort de Desaix à Marengo où, se détachant en sombre sur un fond de ciel bleu dur, Desaix s'écroule dans les bras d'un officier en rouge cerise, a une étrangeté qui saisit. À Versailles, le grand tableau du Mariage de Jérôme et de Catherine de Wurtemberg, systématiquement tenu dans des tons limpides, a quelque chose des scènes de bal qu'affectionnait l'école de Fontainebleau. Aussi bien est-ce toujours un peu par le maniérisme que l'émotion fait éclater l'élégance naturelle de Regnault.

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Bruno FOUCART, « REGNAULT JEAN-BAPTISTE - (1754-1829) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-baptiste-regnault/