Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

PIGALLE JEAN-BAPTISTE (1714-1785)

La carrière de Pigalle offre, au moins au départ, quelques analogies avec celle de Falconet. Presque contemporains, ils furent l'un et l'autre élèves de Lemoyne. Mais Pigalle est de ces hommes auxquels on dirait qu'une bonne étoile est attachée. Envoyé à Rome de 1736 à 1739, Pigalle parcourra les échelons de la hiérarchie académique avec facilité, commençant par un coup d'éclat : le Mercure, son morceau de réception (terre cuite, 1740, Metropolitan Museum ; marbre, 1744, Louvre), statue qui reste l'une des plus fameuses du xviiie siècle.

Plus qu'à l'art de Lemoyne, c'est à celui de Robert Le Lorrain, l'autre maître de Pigalle, que fait penser le Mercure. Le jeune dieu, souriant, est assis, le caducée à ses pieds ; il attache sa sandale gauche, la jambe levée ; un double pivotement anime le corps : celui du buste et des bras vers la gauche, celui de la tête vers la droite. Le traitement des surfaces et des volumes, admirablement enchaînés, fait vibrer la lumière et achève de conférer à la statue un air de souplesse, comme si elle était prête à bondir, une sorte de repos dans l'élan qui justifie pleinement l'immense succès que rencontra Pigalle.

<it>Le Citoyen</it>, J.-B. Pigalle - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Le Citoyen, J.-B. Pigalle

Protégé de Mme de Pompadour, favorisé par le public, Pigalle eut la chance de se voir offrir en 1753 la grande commande qui devait donner lieu à son œuvre la plus fameuse : le monument du maréchal de Saxe (terminé en 1776, Strasbourg, temple Saint-Thomas). L'œuvre emplit tout le fond de l'église ; au premier plan, un tombeau d'où pend un grand linceul ; la Mort en ouvre le couvercle comme pour accueillir le maréchal qui descend vers elle, en cuirasse, le bâton à la main, sur un fond de drapeaux qui s'abaissent : la conception de l'espace, le rapport des figures de marbre blanc au fond gris et bleuté, la liaison des gestes et des attitudes, le traitement vigoureux de chaque détail, jusqu'au petit amour qui pleure, à demi enveloppé dans les plis des étendards, tout concourt à faire de ce tombeau l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture funéraire. L'autre monument exécuté par Pigalle dans les mêmes années, la statue de Louis XV à Reims, a été victime de la Révolution : il n'en subsiste plus que les figures du piédestal.  Pigalle mourut, comblé d'honneurs et de réputation. À la gloire que lui ont value ses réalisations monumentales, il convient d'ajouter ses quelques œuvres saisissantes de portraitiste : la terre cuite du musée d'Orléans qui représente Thomas Desfriches (env. 1760) ou son autoportrait de 1780 (Louvre).

— Georges BRUNEL

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de lettres, conservateur des objets d'art des églises de la Ville de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

<it>Le Citoyen</it>, J.-B. Pigalle - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Le Citoyen, J.-B. Pigalle

Autres références

  • ROCOCO

    • Écrit par Georges BRUNEL, François H. DOWLEY, Pierre-Paul LACAS
    • 21 059 mots
    • 14 médias
    ...critiques annoncent les néo-classiques proprement dits qui, tel Emeric-David, insistent sur l'importance initiale du retour à la nature, et revendiquent pour Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785) le privilège d'avoir été le premier à franchir le pas. Mais Pigalle, précisément, a produit un des chefs-d'œuvre du rococo,...

Voir aussi