VALLIN DE LA MOTHE JEAN-BAPTISTE MICHEL (1729-1800)

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L'œuvre de l'architecte Vallin de la Mothe est un chapitre de l'histoire de l'expansion de l'art français et appartient presque exclusivement à la Russie. Le premier article qui lui fut consacré fut publié par Louis Réau en 1922 dans la revue L'Architecture (no 12). Des recherches furent ensuite menées par Boris Lossky qui a découvert, au musée de la Société d'archéologie et d'histoire de la Charente à Angoulême, soixante-quatre dessins de l'architecte qu'il publia dans plusieurs articles au cours des années 1980. En Russie, l'œuvre de Vallin de la Mothe a été l'objet d'une publication de Valeri Chouïsky.

Du côté maternel, Vallin de la Mothe appartenait à la célèbre famille des architectes Blondel ; il fut le neveu et probablement l'élève de François II Blondel, dit Jean-François (1683-1756), et le cousin germain de Jacques-François Blondel (1705-1774), lui-même également élève de François II. En 1750, en qualité d'externe de l'Académie de France, il partit pour Rome et y passa deux ans. Il fit ensuite un voyage à travers l'Italie, intéressé surtout par l'œuvre de Palladio, comme il l'écrivait lui-même au marquis de Vandières, frère de Mme de Pompadour. À son retour d'Italie, Vallin de La Mothe travailla probablement sous la houlette de son oncle et à la mort de celui-ci, en 1756, il resta sans emploi. Parmi les rares renseignements dont nous disposons sur son œuvre en France, il faut surtout retenir la description de son projet pour la place Louis XV, présenté au deuxième concours de 1753 et publié dans Mercure de France (juin, 1754). Comme les plans et la maquette, que l'architecte commente dans sa publication, ne sont pas conservés, nous devons imaginer ce projet à partir de sa seule description : deux grands arcs de triomphe d'ordre corinthien couronnés de statues de Mars et d'Apollon représentant la Guerre et la Paix, prolongés par des galeries circulaires du côté des Champs-Élysées, deux corps formant l'entrée de la rue Royale et enfin deux fontaines décorant les remparts du jardin des Tuileries. La plus grande attention est portée à l'aménagement des différents points de vue, même les plus éloignés. Une exubérante décoration sculptée règne sur l'ensemble, y compris sur les fontaines ; l'ordre utilisé est le corinthien, en écho à l'architecture romaine.

En 1759, Vallin de la Mothe accepta la proposition de l'ambassadeur russe Bestoujev d'enseigner l'architecture à la nouvelle Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. Il vécut seize ans dans la capitale russe, où il forma une pléiade d'architectes actifs au tournant du siècle. Il revint en France en 1775 et présenta à l'Académie des beaux-arts de Paris sa collection de pierres semi-précieuses (agates, jades, lapis-lazuli) rapportée de Russie. À Paris, puis à Lyon et enfin à Angoulême, où il mourut, Vallin de la Mothe continua à s'occuper des pensionnaires russes en France, comme le prouve sa correspondance conservée aux Archives de Saint-Pétersbourg. En 1793, l'académie de Saint-Pétersbourg, à la suite de l'oukase de Catherine II visant tous les Français à cause de la Révolution, lui retira sa pension de 400 roubles.

À Pétersbourg, Vallin de la Mothe a laissé de nombreuses œuvres : l'Académie des beaux-arts ; l'église catholique Sainte-Catherine et la halle du commerce, sur la perspective Nevski, le pavillon de l'Ermitage, dit Petit Ermitage, attenant au palais d'Hiver ; l'arche dite de la Nouvelle Hollande. Son nom est également associé au quai sur la rive gauche de la Neva qui fut habillé de granit, à la célèbre grille du jardin d'Été, ainsi qu'aux bornes installées sur les routes de Tsarskoïe Selo et de Peterhof. Pour Catherine II, Vallin de la Mothe refit une partie de la décoration intérieure du palais d'Hiver et du palais de Peterhof (salle des Tableaux dite cabinet des Modes et des Grâces, ainsi que deux cabinets chinois).

L'œuvre russe de Vallin de la Mothe reflète fidèlement les tendances artistiques de son époque. Si, dans la distribution et dans la décoration intérieure, il reste toujours attaché à la tradition de l'architecture française de la première moitié du xviiie siècle, il fait preuve de beaucoup plus d'originalité et de liberté dans ses façades. Là, on discerne en effet les différents éléments qui animent, en France, la pensée architecturale des années 1750-1760 : la renaissance de l'architecture du Grand Siècle prônée par Jacques-François Blondel, le modèle que constitue l'architecture grecque, le style néo-palladien et enfin le poids de l'architecture romaine, considérée alors comme la rivale de l'architecture française.

Dans la Russie des années 1760, le nouveau goût pour l'architecture classique représenté par Vallin de la Mothe a fait irruption sur le fond du baroque exubérant d'un Rastrelli, produisant un effet de choc radical. Pourtant on reprocha très rapidement à Vallin de la Mothe, au cours des années 1770, de ne pas être assez classique et surtout d'être trop strictement français. Il laissa donc la place à l'architecture internationale d'inspiration romaine représentée par l'Italien Giacomo Quarenghi et par l'Écossais Charles Cameron.

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Écrit par :

  • : chargée de recherche au centre André-Chastel, université de Paris-IV-Sorbonne, docteur en histoire et civilisation de l'École des hautes études en sciences sociales, habilitée à diriger les recherches

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Olga MEDVEDKOVA, « VALLIN DE LA MOTHE JEAN-BAPTISTE MICHEL - (1729-1800) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-baptiste-michel-vallin-de-la-mothe/