Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ANOUILH JEAN (1910-1987)

Vers un théâtre politique ?

Ce pessimisme explique sans doute les prises de position politiques de Jean Anouilh. Avec le temps, son théâtre devient de plus en plus militant. Pauvre Bitos est un brillant réquisitoire contre les procès faits aux collaborateurs après la Libération. Le thème obsède au demeurant l'auteur qui y revient à plusieurs reprises pour la plus grande satisfaction d'un public qui se sent mauvaise conscience. Cependant, au fil des pièces la charge devient de plus en plus lourde et l'ironie sombre dans la grosse farce. Chers Zoiseaux se veut une pièce contre les intellectuels de gauche, mais leurs pires ennemis auraient bien du mal à les y reconnaître. La Culotte tourne en ridicule des féministes invraisemblables. Anouilh semble avoir définitivement renié Antigone, Thérèse ou Eurydice, jeunes filles rebelles dont la pureté absolue mettait à nu la lâcheté des hommes.

Il reste que, disciple de Giraudoux ou des chansonniers montmartrois, Anouilh montre une efficacité incontestable. Habile constructeur, il fait parler à ses personnages une langue simple et vraie. Cette virtuosité technique passe souvent pour de la facilité et apparente son théâtre au théâtre de boulevard. Lui-même se qualifie de « vieux boulevardier ». Cela est vrai, certainement, pour une bonne part de sa production. Mais quelques pièces se situent ailleurs, celles où l'auteur s'est refusé toute complaisance, comme La Sauvage, Antigone ou Pauvre Bitos. Auteur dramatique à succès, Anouilh a beaucoup contribué à faire connaître des débutants qui se nommaient Ionesco, Beckett ou Dubillard. Sans doute a-t-il avec eux des affinités plus profondes qu'on ne le pourrait croire. Lorsque le temps aura débarrassé son théâtre des scories boulevardières ou politiques, on situera mieux Anouilh, entre les virtuosités de Giraudoux et le désespoir des absurdes.

— Jean-Pierre ÉNARD

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Jean Anouilh en 1963 - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Jean Anouilh en 1963

Autres références

  • ANTIGONE, Jean Anouilh - Fiche de lecture

    • Écrit par Guy BELZANE
    • 1 534 mots
    • 1 média

    Antigone est une pièce en un acte de Jean Anouilh (1910-1987), directement inspirée des deux tragédies de Sophocle consacrées à la fille d'Œdipe :  Œdipe à Colone (402-401 av. J.-C.) et surtout Antigone (442 av. J.-C.). À sa création, le 4 février 1944 au théâtre de l'Atelier à...

  • LES ANTIGONES (TG STAN)

    • Écrit par David LESCOT
    • 972 mots

    Le nom de tg STAN a valeur de manifeste. Les initiales «  tg  » renvoient en flamand à Toneelspelersgezelshap (Compagnie d'acteurs) ; quant au sigle STAN, il signifie Stop Thinking about Names (« Cessez de penser aux noms »). Voilà qui définit le programme de ce collectif théâtral né...

  • DRAME - Drame bourgeois

    • Écrit par René POMEAU
    • 3 500 mots
    • 1 média
    D'autres prolongements sont discernables dans le théâtre du xxe siècle. Jean Anouilh fait défiler de grotesques figures dans la tradition du drame antibourgeois. Selon l'esprit du genre, la caricature fréquemment suggère ou dégage des idées. Le Voyageur sans bagages (1936) traite à ce...
  • TRAGÉDIE

    • Écrit par Bernard DORT, Jacques MOREL, Jean-Pierre VERNANT
    • 5 375 mots
    • 2 médias
    Pareil ajustement est l'une des grandes préoccupations du théâtre français de l'entre-deux-guerres. Cocteau, Giraudoux et Anouilh (qui, en 1972 encore, essayait une x-ième fois de raconter l'histoire d'Oreste dans Tu étais si gentil quand tu étais petit) ne cessent de flirter avec la...

Voir aussi