JAPON (Le territoire et les hommes)L'économie

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CapitaleTōkyō
Unité monétaireyen (JPY)
Population125 497 000 (estim. 2021)
R.N.B. par habitant (USD)41 580 (2019)

Les causes structurelles des crises

Depuis le début des années 1990, le Japon a connu trois crises d'origines différentes. La première, pendant les années 1992-2002, a été déclenchée par l'éclatement des bulles spéculatives boursières et immobilières à la suite du durcissement de la politique monétaire à partir de mai 1989. La récession de 2008-2009 a été la conséquence du ralentissement de la demande mondiale, qui a fait suite à la crise américaine des crédits subprime.

Une comparaison rapide des chocs conjoncturels subis par le Japon durant la décennie de 1990 avec ceux des années 1970 et 1980 fait apparaître deux caractéristiques. D'une part, les chocs sont plus nombreux ; d'autre part, ils sont plus fréquemment liés à des facteurs domestiques.

Enfin, la triple catastrophe survenue le 11 mars 2011 sur la côte pacifique du Tohoku a plongé le Japon dans une crise majeure, laquelle a touché aussi bien le niveau de la production nippone que celui de la consommation et des exportations.

Ces trois crises, aussi différentes qu'elles soient, n'en révèlent pas moins les nombreuses faiblesses structurelles de l'économie japonaise, aggravées par des chocs conjoncturels.

Une succession de chocs internes

Alors qu'une reprise est attendue en 1995 après l’absorption partielle de la forte contraction des actifs boursiers et immobiliers, le tremblement de terre qui touche Kōbe stoppe cet élan et se répercute sur la production et la consommation des ménages, effet qui est prolongé par l'émotion suscitée quelques mois plus tard par l'attentat terroriste au gaz sarin perpétré par la secte Aum Shinri-Kyo dans le métro de Tōkyō. À ces chocs s'ajoute la très forte hausse du yen de février à août 1995 (pic de 79 yens pour 1 dollar en avril 1995). Elle lamine le profit des entreprises et infléchit leur politique d'investissement.

L'année 1997 est marquée par un triple choc fiscal pour contenir le déficit public : une hausse de la T.V.A., portée de 3 p. 100 à 5 p. 100, une augmentation du plancher du ticket modérateur de l'assurance-maladie et l'abandon des mesures d'allégement d'impôt. En réaction, la consommation des ménages chute brutalement. De plus, la crise financière asiatique (de l'été de 1997 à la fin de 1998) pèse sur le commerce extérieur nippon (la part des exportations japonaises destinée à l'Asie tombe de 42 p. 100 à 33 p. 100 entre 1995 et 1998) et sur le bilan de nombreuses banques, particulièrement actives en Asie.

Enfin, sur le front de la demande extérieure, l'économie japonaise est très affectée en 2001 par le ralentissement de l'économie américaine et de la demande mondiale de semi-conducteurs.

Face à de telles incertitudes, les agents économiques se montrent prudents, en matière de consommation comme d'investissement privé. Ces deux moteurs principaux de la demande intérieure, qui représentent respectivement 55 p. 100 et 13 à 16 p. 100 du P.I.B., tournent au ralenti. L'État tente de relancer l'économie par des plans de dépenses publiques de grande ampleur (environ 56 000 milliards de yens injectés dans l'économie pendant la période 1992-2002).

La modestie des résultats de ces mesures destinées à favoriser la croissance témoigne de la persistance de problèmes structurels non résolus, tant du point de vue de l'économie financière que de celui l'économie réelle.''

Un système financier déstabilisé

Dans le secteur financier, l'effondrement du marché immobilier se répercute rapidement sur les bilans des sociétés de crédit immobilier, les jusen qui sont acculées à la faillite technique et liquidées en 1996. Les caisses de crédit agricole ainsi que les mutuelles de crédit sont également durement atteintes. Mais, plus grave encore, le cœur du dispositif financier de l'archipel – les banques – est fragilisé. D'une part, la contraction de la valeur des portefeuilles de titres et des garanties immobilières réduit leur assise financière. D'autre part, les remboursements des crédits accordés sont de moins en moins honorés par des clients que la faiblesse de l'activité économique accule à la faillite.

Entre l'été de 1991 et la fin de 1997, des mesures d'assouplissement de la politique monétaire, d'injection de capitaux dans une banque en faillite (Tokyo Kyodo Bank) ou de rachat de créances douteuses par la Banque du Japon sont appliquées. Pour éviter une panique bancaire, le gouvernement décide la garantie totale des dépôts à vue sur la période 1996-2005.

Pourtant, les autorités et les investisseurs ne prennent pleinement la mesure de l'étendue de la crise financière qu'en 1997, après la faillite de la grande banque régionale Hokkaido Takushoku Bank et de la quatrième maison de titres japonaise, Yamaichi Shoken. L'illusion de la solvabilité et de la liquidité du système bancaire avait été entretenue grâce à un cadre prudentiel (dispositif réglementaire de contrôle des risques bancaires) opaque, la multiplication des participations financières croisées entre les membres d'un Keiretsu (banques, assurances-vie et entreprises), et un assouplissement progressif de la politique monétaire faisant passer le taux directeur de 6 p. 100 à 1 p. 100 entre 1991 à 1995, puis à 0,5 p. 100 pour réduire le risque de défaut bancaire.

La faillite de Yamaichi Shoken marque les limites du « système de convoi » (aide à une société en difficulté appartenant au keiretsu) qui reposait sur une banque principale solide. Elle provoque une importante demande de liquidités sur le marché monétaire et un début de panique faute de réponse rapide de la banque centrale. La bourse baisse, des tensions apparaissent sur différents marchés financiers et les banques décident de provisionner leurs créances douteuses par des ventes de titres et par une restriction massive de l'offre de crédit – le credit crunch de l'été de 1998.

Les relations capitalistiques étroites qui lient les banques aux différentes catégories d'établissements financiers font peser un risque systémique. Devant l'urgence de la situation, la banque centrale et le gouvernement prennent des mesures vigoureuses qui viennent compléter les précédentes.

La persistance de la déflation conduit la Banque du Japon à mettre en place une politique de taux d'intérêt zéro en mars 1999, maintenue presque sans interruption jusqu'en 2006. Elle est complétée, à partir de mars 2001, par une « politique monétaire quantitative » innovante qui consiste à fournir massivement des liquidités au système bancaire. Durant l'été de 1998, le Parlement vote une législation permettant d'injecter massivement de l'argent public dans les institutions financières en difficulté ou de les nationaliser temporairement.

Les défaillances successives d'institutions financières ont montré les limites d'un système misant sur les relations de long terme entre banque, clients et administration et sur l'augmentation des parts de marché au détriment de l' [...]

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Japon : démographie

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Japon : croissance économique

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  • : docteur en sciences économiques, chargée de mission au CEPII, chargée de cours à l'INALCO

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Pour citer l’article

Evelyne DOURILLE-FEER, « JAPON (Le territoire et les hommes) - L'économie  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/japon-le-territoire-et-les-hommes-l-economie/