PRÉVERT JACQUES (1900-1977)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Médias de l’article

Jacques Prévert

Jacques Prévert
Crédits : Istituto Geografico De Agostini

photographie

Les Enfants du paradis

Les Enfants du paradis
Crédits : AKG

photographie


Le quotidien et le merveilleux

On est loin, cette fois, du poète d'Octobre qui écrivait des saynètes édifiantes pour réconforter les grévistes des années 1930. Mais les poètes ne changent pas de morale comme de couvre-chef : c'est toujours le même homme qui parle, toujours la même voix que l'on entend.

Tout au long de sa vie, Jacques Prévert n'a jamais cessé de défendre les faibles contre les forts, les pauvres contre les riches, les exploités contre les exploiteurs. Cependant, d'une année à l'autre, sa pugnacité s'est émoussée. Ou, plus exactement, dédaignant toute analyse politique détaillée, son attitude s'est ramenée à ceci : « À bas les patrons ! À bas l'armée ! À bas les curés ! Vive le peuple ! » Cette profession de foi s'établissant en outre sur une générosité profonde et inusable, elle refuse naturellement toute violence délibérée. On reconnaît là cette sorte d'anarchisme bon enfant qui connut le succès, entre les deux guerres, auprès de nombreux intellectuels que rendait méfiants l'action directe des partis. Prévert prône plutôt le refus que la révolte et ne pousse pas le peuple à la révolution. On pourrait se demander si cet homme qui déteste toute forme d'oppression ne pressent pas la triste inutilité d'un changement de régime qui ne sera qu'un changement de pouvoir.

Aujourd'hui, à mesure que l'époque du Front populaire s'éloigne, l'illusion d'un paradis social commence à se dissiper et les textes « politiques » de Prévert perdent parfois de leur alacrité : reste le merveilleux.

On a un peu de mal, de nos jours, à imaginer le novateur que fut Jacques Prévert dans ce domaine. Depuis plusieurs décennies, les petits poètes et les chanteurs à la mode peuplent les champs et les bois, les gouttières et les trottoirs, de fleurs qui soupirent, de bêtes qui parlent et de maisons qui marchent. Il n'en était pas de même en 1930. La poésie restait sur son quant-à-soi (même chez Apollinaire et Max Jacob) : le merveilleux logeait sur des cimes parnassiennes. Prévert est le premier, ou peu s'en faut, à l'avoir fait circuler au milieu des hommes.

Cette entreprise venait to [...]

1 2 3 4 5

pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages




Écrit par :

Classification


Autres références

«  PRÉVERT JACQUES (1900-1977)  » est également traité dans :

BUSSIÈRES RAYMOND (1907-1982)

  • Écrit par 
  • Robert de LAROCHE
  •  • 735 mots

Sans la présence de Raymond Bussières – dit Bubu – dans quelque cent trente films, le cinéma français aurait probablement un visage différent. Affirmation paradoxale pour parler d'un comédien qui ne joua, dans sa carrière, que les rôles dits de composition ou de second plan. À peine ! Au même titre que Carette, Jean Tissier, Pierre Larquey ou Saturnin Fabre – pour ne citer que les plus fameux – […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/raymond-bussieres/#i_6158

CARNÉ MARCEL (1909-1996)

  • Écrit par 
  • N.T. BINH
  •  • 1 500 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le réalisme poétique »  : […] « Quand le cinéma descendra-t-il dans la rue ? », s'interroge Carné en 1933, dans un article rétrospectivement célèbre de Cinémagazine . Son premier film, Nogent, Eldorado du dimanche (1929), avait été un court-métrage documentaire poétique, produit loin des structures traditionnelles. Il est paradoxal (à moins d'invoquer quelque inéluctable logique de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/marcel-carne/#i_6158

CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Jean COLLET, 
  • Claude-Jean PHILIPPE
  •  • 21 812 mots
  •  • 37 médias

Dans le chapitre « Dans une société au bord de l'abîme »  : […] Pendant les années bouillonnantes du muet, un autre cinéaste avait travaillé discrètement, indifférent aux grands courants de la mode. À travers le naturalisme de Delluc, d'Epstein et de L'Herbier, il était allé chercher son inspiration dans la peinture impressionniste, dont il était l'héritier : il était le fils d'Auguste Renoir. « Je me mis à regarder autour de moi et, émerveillé, je découvris […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-aspects-generaux-histoire/#i_6158

PAROLES, Jacques Prévert - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Michel P. SCHMITT
  •  • 954 mots
  •  • 1 média

Déjà connu comme scénariste et dialoguiste du film de Jean Renoir Le Crime de Monsieur Lange (1935) et de nombreux films de Marcel Carné ( Drôle de drame , 1937 ; Le Quai des brumes , 1938 ; Les Visiteurs du soir , 1942 ; Les Enfants du paradis , 1943), Jacques Prévert (1900-1977) publie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/paroles/#i_6158

PRÉVERT PIERRE (1906-1988)

  • Écrit par 
  • Claude BEYLIE
  •  • 545 mots

Pierre Prévert a toujours vécu dans l'ombre de son frère Jacques, son aîné de six ans et le scénariste de presque tous ses films. La verve poétique de l'auteur de Paroles influença sa propre inspiration, sur le mode mineur ; c'est dans le même sillage de rêverie aimable, pimentée d'un zeste de surréalisme, qu'il inscrit sa démarche, sans réussir jamais à s'en distinguer. Pie […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-prevert/#i_6158

TRAUNER ALEXANDRE (1906-1993)

  • Écrit par 
  • Claude BEYLIE
  •  • 625 mots

Né à Budapest en 1906, dans une famille de commerçants juifs, Alexandre Trauner se destinait à la peinture et s'était déjà acquis une solide réputation dans les milieux artistiques hongrois quand il dut fuir le régime fasciste de Horthy. La rencontre, à Paris, du décorateur de cinéma Lazare Meerson, puis des frères Prévert, est alors décisive : elle l'oriente vers le monde du cinéma, qu'il ne quit […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/alexandre-trauner/#i_6158

Pour citer l’article

Jacques BENS, « PRÉVERT JACQUES - (1900-1977) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-prevert/