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JACOPONE DE TODI (1236 env.-1306)

Célèbre poète d'inspiration bonaventurienne et franciscaine, auteur de Laudes qui glorifient avec émotion et ardeur la pauvreté, Jacopone de' Benedetti, né à Todi en Ombrie, fut marquée par un traumatisme en 1268 (probablement la mort brutale de sa femme, écrasée, dit-on, par un plancher qui s'effondra au cours d'un bal), épreuve qui le conduisit à mener pendant dix ans une vie de pénitent dans le monde. Il entra alors dans une fraternité de tertiaires de Saint-François, puis, en 1278, dans le premier ordre. Il se fit bientôt, par ses poèmes, le héraut de la branche franciscaine, celle des spirituels, qui était en lutte avec l'ordre au sujet de l'observance stricte de la pauvreté. Il resta solidaire de ceux-ci jusqu'au manifeste de Longhezza (10 mai 1297), par lequel ils réclamaient la déposition de Boniface VIII et la convocation d'un concile œcuménique. Le successeur de Célestin V avait, en effet, supprimé l'autonomie concédée par celui-ci aux spirituels qui, alliés aux Colonna, se réfugièrent alors à Palestrina, près de Rome, où ils soutinrent un siège d'un an et demi. Les insurgés capitulèrent en 1298. Excommunié, Jacopone de Todi fut alors emprisonné, peut-être dans un couvent.

Par ses Laudes (Laude), composées dans le dialecte ombrien en vers de six, sept, huit ou onze syllabes et destinées sans doute à être chantées ou même dansées, Jacopone, contemporain de Dante, occupe une place importante dans la littérature médiévale italienne. Ces poèmes sont centrés sur la condition du pécheur, racheté par le Christ et confiant dans les mérites de la Vierge Marie et des saints, notamment de saint François. Mais l'auteur, qui se rattache au courant dyonisien et augustinien et qui a subi l'influence d'Ubertin de Casale, se fait âpre et mordant quand il défend le rigorisme des spirituels. On trouve aussi chez lui un vocabulaire mystique d'apparence hétérodoxe, notamment avec le thème de l'annihilation de la créature dans l'amour du Christ-charité. Mystique, Jacopone déborde, en effet, toutes les catégories classiques en refusant, par exemple, de mettre en opposition l'amour et la haine qui, pour lui, coexistent nécessairement (Lauda 75).

Outre cette centaine de canzone ou de ballades qu'on appelle Laudes, Jacopone de Todi est aussi, très probablement, l'auteur de la séquence du Stabat Mater, contemplation de la Mère de Dieu dolente au pied de la Croix.

— Marcel PACAUT

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Écrit par

  • : professeur d'histoire du Moyen Âge à l'université de Lyon-II-Lumière

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • FRANCISCAINS

    • Écrit par Willibrord-Christiaan VAN DIJK
    • 3 391 mots
    ...tradition. À sa suite toute une école affective et souvent volontariste, où l'ascèse et la mystique constamment se retrouvent inséparables, fleurira avec les Jacopone de Todi, Harphius, Benoît de Canfield, et cent autres. Leur influence est telle qu'elle portera sur Thérèse d'Ávila et Ignace de...

Voir aussi