IVRÉE

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Le duché lombard d'Ivrée, contrôlant les cols alpestres vers la Savoie, est érigé en marquisat au ixe siècle par les Carolingiens ; il englobe l'essentiel du Piémont et la Ligurie. Après la déposition de Charles le Gros en 887 et surtout après l'invasion hongroise en 899, il n'y a plus en Italie de pouvoir royal fort. Adalbert d'Ivrée, tout comme les autres grands feudataires, mène sa propre politique : soucieux d'affaiblir au maximum la monarchie, il suscite au roi Bérenger Ier un compétiteur, Louis, roi de Provence, mais ne lui apporte pas de soutien effectif ; battu et fait prisonnier par Bérenger, Louis est aveuglé et renvoyé en Provence en 905. La seule constante de la politique des marquis d'Ivrée sera l'opposition à tout pouvoir royal trop puissant ou menaçant de l'être : ainsi Ermengarde, veuve d'Adalbert, appelle Hugues de Provence contre Raoul de Bourgogne, demeuré seul en Italie après avoir éliminé Bérenger Ier (924) ; Hugues l'ayant emporté, Bérenger d'Ivrée, fils d'Adalbert, intrigue contre lui et doit fuir en Germanie ; incarnant le refus de toute autorité qui caractérise l'aristocratie, il y trouve des nuées de partisans ; rentré en Italie en 945, il oblige le roi Hugues et son fils Lothaire à lui abandonner le pouvoir de fait. En 950 Lothaire meurt ; Bérenger II est couronné à Pavie.

Alors qu'il a été largement responsable de l'anarchie italienne en tant que marquis, Bérenger II veut lutter contre elle en tant que roi. Il provoque sa perte en obligeant, par ses persécutions, la veuve de Lothaire, Adélaïde, à se réfugier auprès d'Otton Ier, roi de Germanie : celui-ci descend en Italie avec une forte armée ; l'aristocratie, lasse de Bérenger, se range à ses côtés. Porté au compromis, Otton laisse à Bérenger le titre royal contre un engagement de vassalité et retourne en Germanie. Bérenger, demeuré seul, s'empresse de se venger de ses adversaires et s'attaque même au pape Jean XII, qui appelle Otton, couronné empereur à Rome (962). Bérenger résiste quelque temps puis, fait prisonnier, il est envoyé en Allemagne en 964.

Les Otton pratiquent une politique favorisant les évêques contre l'aristocratie laïque, qu'ils affaiblissent. Aussi, à la mort d'Otton III, en 1002, celle-ci tente une dernière restauration de l'ancien royaume d'Italie et de son ancienne indépendance. Arduin, marquis d'Ivrée, vieil ennemi du pouvoir épiscopal, est élu roi, contre le Germain Henri II. Le scénario se répète : à l'arrivée d'Henri II avec des forces importantes, en 1004, Arduin se terre dans ses domaines, puis reprend la lutte après son départ ; il se retire dans un monastère à la suite d'une seconde descente des forces germaniques en 1014. Avec lui se clôt le destin historique du marquisat d'Ivrée. Amputé, dès l'avènement de Bérenger II, du Piémont central et de la Ligurie, il va peu à peu se démembrer au profit des évêques d'Ivrée.

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Gérard RIPPE, « IVRÉE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ivree/