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INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE

Politiques d'intelligence économique

Tous les pays industrialisés ont mis en place des politiques d'intelligence économique pour protéger leurs secteurs sensibles. La France, qui avait été devancée par l'Allemagne, le Japon ou la Suède, s'est intéressée au sujet à partir des années 1990. Les premières réflexions ont été menées par le Commissariat général du plan et synthétisées dans le rapport rendu en 1994 par Henri Martre (ancien P.-D.G. de l'Aérospatiale) Intelligence économique et stratégie des entreprises. Dans les années 2000, cette volonté politique s'est concrétisée par la nomination de responsables de l'intelligence économique dans différents ministères et ambassades, la mise en place de pilotages régionaux par les préfets, la définition des secteurs sensibles. La mise en œuvre volontariste de cette politique est peut-être liée à deux événements. Tout d'abord, en 2000, deux fonds d'investissements américains, présumés proches de la C.I.A., tentèrent de prendre le contrôle de la société française Gemplus, leader mondial de la carte à puce. Puis, en 2004, les deux mêmes fonds s'intéressèrent à Eutelsat, ce qui aurait remis en cause, selon les autorités, « la continuité et la sécurité de diffusion des chaînes publiques françaises et européennes », sans compter « les menaces pour l'utilisation d'Eutelsat par les forces militaires de pays européens » sous-tendues par l'opération.

Aux États-Unis, depuis la Seconde Guerre mondiale, il existe une véritable culture de l'intelligence économique. Avec la chute du Mur de Berlin et dans le contexte de la mondialisation, elle a été réactivée dans les années 1990 par le président Bill Clinton, pour qui la défense des intérêts économiques devenait l'axe prioritaire de la stratégie des États-Unis. Ainsi a été créé en 1994 l'Advocacy Center, dépendant du département du Commerce, qui appuie les stratégies internationales des entreprises américaines en leur fournissant des informations recueillies grâce à un système centralisé.

Dans ce pays, l'intelligence économique n'est souvent pas très éloignée de la sécurité de l'État, et de nombreux espions désœuvrés depuis la fin de guerre froide se sont recyclés dans la collecte d'informations stratégiques, dans tous les domaines. Aux États-Unis, la chaîne de l'intelligence économique, qui tend à la production d'une connaissance commune pour la défense de l'avantage concurrentiel et pour la protection des entreprises nationales contre les acquisitions par des capitaux étrangers, est complétée par un lobbying actif auprès d'organisations internationales telles que l'O.M.C., l'O.N.U. et l'O.C.D.E. Car on peut affirmer que quiconque possède l'information et sait l'exploiter possède le pouvoir.

— Georges LABAKI

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Écrit par

  • : professeur à l'université Notre-Dame-de-Louaizé, Liban, président de l'École nationale d'administration-Liban

Classification

Pour citer cet article

Georges LABAKI. INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • SERVICES SECRETS

    • Écrit par Pascal LE PAUTREMAT
    • 8 742 mots
    • 1 média
    L'intelligence économique est réamorcée à l'époque contemporaine sous l'impulsion anglo-saxonne. Elle s'inscrit dans le contexte de la mondialisation et de la nécessité pour les entreprises d'adopter des stratégies d'anticipation pour pouvoir résister aux firmes concurrentes, aux groupes de pression...

Voir aussi