MARKEVITCH IGOR (1912-1983)

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Les compositeurs qui mènent aussi une carrière de chef d'orchestre — ou inversement — voient toujours une partie de leurs activités souffrir de la notoriété acquise dans l'autre domaine. La vie d'Igor Markevitch pourrait se résumer en trois parties, selon la forme A-B-A du menuet (ou du scherzo) de la sonate classique : la première consacrée à la composition, la deuxième à la direction d'orchestre, la troisième, plus concise, se faisant l'écho de la première.

Igor Markevitch

Photographie : Igor Markevitch

Le chef d'orchestre Igor Markevitch (1912-1983) répète avec l'Orchestre symphonique de Londres, le 23 février 1965. 

Crédits : Erich Auerbach/ Getty Images

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En 1926, Alfred Cortot découvre en Suisse un jeune pianiste de talent, formé par son père puis par Paul Loyonnet : Igor Markevitch, né à Kiev le 27 juillet 1912. Sa famille se fixe en 1914 en Suisse, où il donnera ses premiers concerts en 1920. En 1926, sur les conseils de Cortot, il vient à Paris travailler à l'École normale de musique. Nadia Boulanger l'initie à la composition, Vittorio Rieti à l'orchestration et, plus tard (1934-1935), Hermann Scherchen lui enseigne la direction d'orchestre. Diaghilev entend ses premières œuvres et lui commande un ballet en 1929, L'Habit du roi ; mais il meurt avant de le produire. L'œuvre, qui sera créée en concert en 1930, révèle un compositeur plein de talent, dans la lignée esthétique de Stravinski. La même année, Igor Markevitch fait ses débuts de chef d'orchestre au Concertgebouw d'Amsterdam. Jusqu'à la guerre, il se consacre essentiellement à la composition. En 1936, il épouse Kyra Nijinska, la fille du célèbre danseur. Il se fixe en Italie pendant les hostilités et réorganise, à la Libération, le Mai musical florentin (1944-1946) ; en 1947, il adopte la nationalité italienne et épouse, en secondes noces, Topazia Caetani.

À partir de 1941, il ne compose plus et il se consacre exclusivement à la direction d'orchestre et à son enseignement : il est professeur à Salzbourg (1949-1956), chef permanent de l'Orchestre symphonique de Stockholm (1952-1955), des Concerts Lamoureux (1957-1961), de l'Orchestre symphonique de La Havane (1957-1958), de l'Orchestre symphonique de Montréal (1958-1961), de l'Orchestre symphonique de la Radiotélévision espagnole à Madrid (1965-1972), de l'Orchestre national de l'opéra de Monte-Carlo (1968-1972) et de l'Orchestre de l'académie Sainte-Cécile de Rome à partir de 1973. Il donne des cours à Mexico (1957-1958), à Madrid et à Saint-Jacques-de-Compostelle (1965-1969), à Monte-Carlo (1968-1972) et à Rome. À Moscou, on crée spécialement pour lui une classe au conservatoire, en 1963.

Au cours des dix dernières années de sa vie, Markevitch mène surtout une carrière de chef invité qui se ralentit progressivement lorsqu'il est atteint de surdité. Il se consacre à la rédaction de ses Mémoires et entreprend une nouvelle édition des symphonies de Beethoven fondée sur les sources authentiques et les matériels des principaux orchestres du monde annotés sous la direction des plus grands chefs beethovéniens. Il parvient ainsi à rectifier plusieurs centaines d'erreurs qui se transmettaient d'une édition à l'autre. En 1978, l'éditeur Boosey & Hawkes rachète les droits de l'ensemble de ses œuvres pour les promouvoir et les faire revivre. Markevitch lui-même dirige certaines d'entre elles et l'intégrale de ses œuvres pour piano est gravée sur disque par Kazuoki Fujii. En 1982, il reçoit le prix Arthur Nikisch à Leipzig.

Il résidait depuis 1954 dans le midi de la France, à Saint-Cézaire-sur-Siagne, où il souhaitait créer une fondation pour les jeunes musiciens. Il avait acquis la nationalité française en 1982, peu avant sa mort, le 7 mars 1983 à Antibes.

Le chef d'orchestre s'était imposé par sa rigueur et sa force de caractère. Adepte d'une gestique économe qu'il imposait à ses élèves, il eut avec les orchestres des rencontres qui oscillaient entre l'idylle et la tempête. De multiples incidents émaillèrent son passage à la tête des Concerts Lamoureux, qui étaient toutefois devenus, sous sa direction, l'un des meilleurs orchestres français du moment : son autorité parfois brutale et blessante convenait mal aux instrumentistes. Mais Stravinski le considérait comme le meilleur interprète du Sacre du printemps. Son répertoire était très vaste et il a joué un rôl [...]

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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  • Écrit par 
  • Alain PÂRIS
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Dans le chapitre « Un nouveau contexte »  : […] À Paris, Louis Fourestier est le premier professeur titulaire de cette nouvelle classe. Le principe fait école, et Hans Swarowsky est nommé en 1949 professeur de direction d'orchestre à l'Académie de musique de Vienne où, jusqu'à sa mort, en 1975, sa classe deviendra une pépinière de talents (Claudio Abbado, Zubin Mehta, Ralf Weikert, Theodor Guschlbauer, Giuseppe Sinopoli...). Parallèlement se dé […] Lire la suite

Pour citer l’article

Alain PÂRIS, « MARKEVITCH IGOR - (1912-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/igor-markevitch/