DEMARCO HUGO (1932-1995)

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Hugo Demarco est né le 13 juillet 1932 à Buenos Aires, en Argentine. Sa formation à l'École des beaux-arts de la capitale sud-américaine est des plus consistantes, et le jeune professeur de dessin et de gravure qu'il devient en 1957 est nourri de culture moderne, en particulier de celle que l'Europe a su produire, un intérêt que conforte sans doute son origine italienne. Aussi, comme nombre de ses contemporains, ses regards se tournent vers Paris, où il s'installe au tournant des années 1960 et où il va vivre, sauf pendant ses séjours italiens dans la ville de Brescia. Ingrate Paris, puisque s'il y a vécu et travaillé, elle n'est sans doute pas le terrain de sa plus grande reconnaissance, alors qu'il a exposé dans toute l'Europe à partir de 1960 (avec Denise René pour la première fois en 1961, et pour la dernière en 1994), aux États-Unis (par exemple en 1965 à l'exposition The Responsive Eye à New York) et en Amérique du Sud (à Buenos Aires, à Caracas). Ses œuvres ne sauraient pourtant manquer au catalogue d'expositions thématiques telles que Kunst-Licht-Kunst au musée d'Eindhoven en 1966, Lumière et mouvement en 1967 au musée d'Art moderne de la Ville de Paris ou L'Art en mouvement à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, en 1992. Mais ses amitiés nombreuses, de Sonia Delaunay à Julio Cortázar ou parmi les artistes sud-américains de Paris comme Julio Le Parc ou Carlos Cruz Diez, et ses relations sans défaut avec Denise René font cependant de lui une figure bien parisienne.

Avant même de rejoindre le groupe d'artistes de la galerie Denise-René et de se trouver associé à l'art lumino-cinétique, Hugo Demarco a élargi très tôt sa curiosité de peintre et travaillé des matériaux qui permettent une autre approche de la couleur. Bien qu'il ne revendique aucune filiation marquée, il conjugue plusieurs traits hérités du constructivisme et de la tradition élargie du Bauhaus, comme le parti de l'autonomie de l'art ou celui de sa nature expérimentale. La figure simple du carré est centrale dans son choix de réduction géométrique. Il affirme aussi un goût – sans exclusive, puisqu'il n'abandonne jamais la peinture – pour des matériaux à la fois non spécifiques à l'art et volontiers industriels : métaux, pour leur froideur et leurs qualités architectoniques ; matières plastiques, pour leur malléabilité et leurs capacités de coloration ; verre, pour sa transparence ou ses propriétés de réflexion ; et pour les éléments non matériels que sont le dynamisme et la lumière, qui déterminent et modifient les formes. Qu'il emprunte à la mécanique, à la technique, à l'esprit de la machine ou qu'il se confronte à cette disposition élémentaire du vivant et du corps qu'est sa mobilité, le mouvement, aussi bien virtuel que réel, demeure un champ d'expérimentation fertile au long des divers moments de son œuvre. Mouvement réel, avec les sculptures des années 1980 en acier inoxydable ou chromées, quand pour lui il est question « d'animer un espace au moyen de la ligne », ou avec les sculptures-machines des années 1970, qui font bouger dans l'espace des éléments aux formes simples et de couleurs primaires. Il travaille aussi à des projets à l'échelle de l'architecture, sans les mener jusqu'à leur réalisation, tant l'impatience expérimentale le ramène vite à l'atelier, où il produit aussi des tableaux-reliefs. Le mouvement virtuel, plus près des enjeux de l'op art, le retient aussi, surtout dans l'aspect plus pictural de son œuvre. Car Demarco sait que mouvement et couleur sont liés, conscient qu'il est de la nature vibratoire de celle-ci. « Le sentiment traditionnel de l'harmonie disparaît, cédant la place à une harmonie nouvelle, dynamique, créée par la vibration constante qui se manifeste dans l'espace visuel, produit entre le spectateur et l'œuvre », écrit-il en 1961. Reliefs, peintures et objets s'ordonnent selon une syntaxe active de la trame, du rythme, de la répétition, de la variation et du dégradé. Mais son élément de vocabulaire le plus singulier, le plus personnel, demeure la lumière, et surtout la lumière noire. Avec celle-ci, dès les années 1960, il met en suspens la matérialité des œuvres pour favoriser un nouveau rapport du spectateur à l'œuvre. S'il plonge alors le spectateur dans l'obscurité où seules les surfaces mobiles de l'œuvre apparaissent dans le flux de lumière noire, il en vient à intégrer celle-ci aux tableaux-reliefs plus tardifs.

Ce qui singularise Demarco, c'est sa capacité à travailler hors de tout système, selon un rythme qui lui est propre, qui lui vaut de recouper les préoccupations de ses proches, mais dans un cheminement individuel et indépendant. Preuve en est son attachement à la peinture, qu'il ne cesse de pratiquer, travaillant ainsi, selon ses propres termes, au « dialogue entre matériel et immatériel, concret et abstrait, réel et irréel ».

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Christophe DOMINO, « DEMARCO HUGO - (1932-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hugo-demarco/