MANN HEINRICH (1871-1950)

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Critique du bourgeois

Sa première période est celle d'une révolte esthétisante, sous le double signe du « Renaissancisme » de Nietzsche et de la haine flaubertienne du bourgeois, marquée par la trilogie romanesque des Déesses (1903). En même temps, l'individualisme aristocratique y est démasqué comme rêve élitaire : dans la critique sociale, vitalisme et esthétisme s'effacent derrière une dénonciation de la « décadence ». 1905, année charnière, marque le passage de l'« art social », préfiguré dans l'essai de 1895 sur Flaubert et George Sand, puis à la « vertu jacobine ». De cette première manière il restera le type de faux homme fort (Malvolto dans la nouvelle Pippo Spano, 1904 ; la cantatrice Branzilla...), de l'être chétif, ivre de violence et de domination, constitutif de ce que devait être plus tard son analyse du phénomène nazi.

Depuis Gottfried Benn, en 1930, on a voulu l'enfermer dans cette image première de nihiliste, d'un esthète, dont les convictions « démocratiques » ultérieures n'auraient été que vernis superficiel. En fait, il gardera de Nietzsche l'inspiration critique, la condamnation du « comédien », de l'« histrionisme » (Guillaume II), de la société d'argent en général, ainsi qu'un certain élitisme ; mais le thème de la décadence cèdera la place à la problématique de l'« esprit » contre le « pouvoir », du rôle civique et de la responsabilité sociale des intellectuels. Elle traverse le plus fameux de ses essais, celui sur Zola (1915), qui lui valut, en pleine Première Guerre mondiale, la riposte de son frère Thomas (Considérations d'un apolitique). Idéalisant une France littéraire, où tout mène à 1789 et en découle, Heinrich Mann, isolé dans son pays, trouve en Voltaire, Stendhal, Laclos, Balzac, Flaubert, Michelet, Anatole France, une patrie spirituelle d'adoption. Par contraste avec l'inefficacité des hommes de culture en Allemagne, les écrivains français lui semblent « avoir un peuple » avec eux, et tracer la voie des bouleversements politiques. Le roman fr [...]


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Heinrich Mann

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Marlene Dietrich dans «L'Ange bleu»

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, maître assistant à l'université de Paris-IV

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André GISSELBRECHT, « MANN HEINRICH - (1871-1950) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/heinrich-mann/