MAYER HANS (1907-2001)

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Né à Cologne, dans une famille de la bourgeoisie juive éclairée, Hans Mayer, après des études à Cologne, Berlin et Bonn, est promu docteur en droit en 1930 et se prépare à une carrière de magistrat. Influencé entre autres par la lecture de Lukács (Histoire et conscience de classe), il se rapproche dès 1928 du mouvement de la jeunesse socialiste et adhère par la suite à un petit Parti socialiste ouvrier. L'exil auquel le contraint la prise du pouvoir par les nazis le conduit à Strasbourg, Paris, Genève et Zurich. C'est en Suisse qu'il mène à bien son œuvre de jeunesse, Georg Büchner et son temps, achevée en 1938. Il s'agit là de sa première avancée dans le champ de la littérature. Simultanément, il publie de nombreuses recensions d'ouvrages de sociologie dans la Zeitschrift für Sozialforschung, revue de l'école de Francfort. Revenu, au lendemain de la guerre, en Allemagne (c'est-à-dire chez lui à l'étranger, pour reprendre sa propre formule), Hans Mayer exerce de 1945 à 1948 la fonction de rédacteur en chef à la radio de Hesse. Victime de la guerre froide, il doit quitter ce poste et répond alors à un appel de l'université de Leipzig, prête à lui confier un enseignement de littérature allemande et comparée. En 1963, deux ans après l'érection du Mur de Berlin, il gagne la République fédérale (sans dramatiser sa rupture avec la R.D.A.) pour occuper, après un passage à Berlin, un poste de professeur de langue et de littérature allemandes à l'université de Hanovre jusqu'à son départ en retraite en 1977. Détenteur de nombreux prix et distinctions, Hans Mayer situe son travail au point d'articulation entre l'histoire de la littérature, la critique et l'essayisme. On a pu dire, à juste titre, qu'il s'intéresse moins à l'histoire des idées ou à l'analyse immanente des textes qu'à une vision de la littérature comme contribution à l'émancipation politique, et comme sauvegarde de l'esprit dans les temps difficiles. Il sait conjuguer la rigueur de l'interprétation avec la spontanéité d'une écriture narrative où il n'hésite pas à se mettre en jeu, avec ses souvenirs et ses expériences personnelles.

Georg Büchner et son temps, qui parut en 1946 et connut des rééditions augmentées en 1959 et en 1971, est pleinement caractéristique de cette manière large et ouverte. Hans Mayer tente ici une approche à la fois globalisante et actualisante, et confronte aux exigences de l'instant historique – celui d'hier, celui d'aujourd'hui, instant vécu en réalité toujours menacé d'obscurité – la pensée multiple d'un Büchner oscillant entre littérature, théâtre, sciences, philosophie et politique. Par la suite, Hans Mayer ne cessera d'interpeller les grandes figures de l'art et de la culture en Allemagne, pour mieux éclairer son propre présent. Citons, entre autres, les études sur Thomas Mann. L'œuvre et l'évolution (1950) : l'artiste à la fin de l'époque bourgeoise, transmuant toute chose en un langage souverain ; L'Évolution littéraire de Richard Wagner (1954 ; éd. augmentée en 1978) : un Wagner vu comme „phénomène de la misère allemande“ ; Brecht et la tradition (1961), suivi de Souvenirs de Brecht (1996) : la tradition plébéienne revisitée, dans sa différence avec la prolétarienne.

Hans Mayer a bénéficié d'une seconde notoriété avec un ouvrage majeur, Les Marginaux. Femmes, juifs et homosexuels dans la littérature européenne (1975), auquel se rattache : Allemands et juifs : la révocation. Des Lumières à nos jours (1994). Il fait surgir tout un lot de figures et de configurations où se manifeste sa solidarité avec les singularités opprimées. D'où, du même coup, un éloge de la littérature comme telle, qui précisément ne vit que par le singulier et pour le singulier. Hans Mayer est enfin l'auteur de Mémoires, Un Allemand jusqu'à nouvel ordre, parus en deux volumes (1982-1984), et dont on peut rapprocher La Tour de Babel (1991), souvenirs fragmentaires d'une expérimentation avortée, le socialisme „réellement existant“ de l'ex-R.D.A. Cet inventaire d'une vie est peut-être un des sommets de la littérature de mémoires en Allemagne. Sur un ton dénué de sentimentalité, voire parfois sarcastique, Hans Mayer se découvre comme le marginal qu'il n'a cessé d'être lui-même, au fond, fût-ce malgré lui ; un marginal réaliste, convaincu, s'affirmant d'autant mieux qu'il ne demande aucune compassion à autrui.

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Philippe IVERNEL, « MAYER HANS - (1907-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hans-mayer/