FRANÇOIS GUY-CLAUDE (1940-2014)

Scénographe parmi les plus novateurs de ces dernières décennies, Guy-Claude François est né à Berck le 9 novembre 1940. Après des études classiques, il entre à l’École du Louvre, puis à l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (E.N.S.A.T.T.). Il développe ensuite sa pratique à travers les ateliers de décors, en particulier celui de l’Opéra de Paris, avant de devenir directeur de scène du théâtre Récamier. En 1968, sa rencontre avec Ariane Mnouchkine va marquer une étape importante dans sa carrière. Celle-ci lui propose d’intégrer la troupe du Théâtre du Soleil, où, après avoir exercé la direction technique, Guy-Claude François réalise sa première scénographie en mars 1975 avec L’Âge d’or. Une création remarquée, qui reflète la réalité sociale de l’époque, avec des personnages inspirés par la commedia dell’arte. Le dispositif de Guy-Claude François prend en compte la totalité de l’espace de représentation dans une nef de la Cartoucherie, et nécessite l’apport de 2 500 m3 de terre formant quatre cratères revêtus d’une chape de béton et de tapis-brosse, sous une multitude d’ampoules accrochées à la toiture. Dans cet espace, comédiens et spectateurs sont réunis dans un rapport de proximité, recherché en fonction de la forme du spectacle. Cette relation du public avec l’espace scénique restera essentielle pour le scénographe, quelle que soit la nature de la représentation.

Suivront des créations où la conception du décor joue un rôle constitutif dans l’élaboration d’un spectacle. Parmi elles, Méphisto, le roman d’une carrière(1979), d’après Klaus Mann, avec deux scènes en vis-à-vis et des bancs à dossier basculant, qui permettent aux spectateurs de suivre alternativement les deux actions. Le cycle des Shakespeare – Richard II, La Nuit des rois, Henry IV (1981-1984) –, avec un retour à la scène frontale, L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (1985), L’Indiade ou l’Inde de leurs rêves (1987), La Ville parjure ou le Réveil des Érinyes (1994-1995), Les Atrides (1990-1993), Tambours sur la digue (1999) ou encore Le Dernier Caravansérail (2003-2005).

Si les créations de Guy-Claude François sont indissociables de l’aventure artistique du Théâtre du Soleil, son talent s’est aussi exprimé dans des collaborations avec différents metteurs en scène dont le Tchèque Otomar Krejča (Les Trois Sœurs, Père, LaCerisaie), Armand Delcampe, Alain Sachs ou Irina Brook pour le théâtre, le Roumain Andreï Serban, Jean-Claude Penchenat, Antoine Bourseiller, Jean-Christophe Mast ou Mireille Laroche pour l’opéra.

Dans son désir d’ouvrir la pratique scénographique, dont il rappellera toujours le lien indissoluble avec le théâtre, Guy-Claude François, après les décors du film Molièrede Ariane Mnouchkine (1978), collabore avec différents réalisateurs, notamment Roger Coggio, Coline Serreau, James Ivory, et surtout Bertrand Tavernier (La Vie et rien d’autre, La Passion Béatrice, Capitaine Conan, La Princesse de Montpensier) qui qualifiera son travail « d’exceptionnel ». En parallèle, il est le maître d’œuvre de la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques d’hiver d’Alberville en 1992 auprès de Philippe Decouflé et, la même année, réalise la scénographie du Centre d’histoire de la résistance et de la déportation à Lyon. En 2006, il conçoit le décor pour le spectacle de Mylène Farmer. Une palette conceptuelle étendue et une relation attentive à l’espace architectural le conduisent à fonder avec Jean-Hugues Manoury en 1988 l’agence Scène avec laquelle il participe, aux côtés de différents architectes, à la réalisation ou à la restructuration de nombreux lieux de spectacle. Pédagogue, désireux de faire partager ses connaissances, Guy-Claude François enseigne aux écoles d’architecture de Clermont-Ferrand et de Strasbourg, puis à l’École nationale[...]

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Jean CHOLLET, « FRANÇOIS GUY-CLAUDE (1940-2014) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL :

Autres références

  • SCÉNOGRAPHIE

    • Écrit par Jean CHOLLET
    • 6 524 mots
    • 3 médias
    ...cherchent à définir un espace unique scène-salle pour chaque spectacle, cette conception s'exprime de manière radicale avec L'Âge d'or (1975). Guy-Claude François (1940-2014), désormais chargé de l'organisation scénographique auprès d'Ariane Mnouchkine, construit dans sa globalité...

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