GUINÉE ÉQUATORIALE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
Nom officielRépublique de Guinée équatoriale (GQ)
Chef de l'ÉtatTeodoro Obiang Nguema Mbasogo (depuis le 3 août 1979, élu le 12 octobre 1982)
Chef du gouvernementFrancisco Pascual Obama Asue (depuis le 23 juin 2016)
CapitaleMalabo
Langues officiellesespagnol, français
Unité monétairefranc CFA
Population1 506 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)28 051

Une indépendance cauchemardesque

Entre alors en scène le « grand messie... leader d'acier... grand inquisiteur du colonialisme... le seul miracle que la Guinée équatoriale ait produit », alias Francisco Macías Nguema. Jusqu'à l'indépendance, la présidence du Conseil à Madrid et singulièrement l'amiral Carrero Blanco manipulaient et achetaient tous ceux qui en Guinée passaient pour des leaders. Cette perpétuation de la tutelle de Madrid dans cette couveuse politique irritait nombre de Fang du Río Muni qui, aux élections de 1968, donnèrent leurs voix au plus extrémiste des leurs, un fonctionnaire falot vouant aux Espagnols une haine inexpiable, fondée sur un complexe d'infériorité vis-à-vis de tout ce qui pouvait passer pour de l'intellectualisme.

Macías Nguema hérite d'une situation économique et socioculturelle où le ton est donné par les intérêts espagnols et où les Fang s'estiment brimés par une Constitution accordant de trop larges pouvoirs à l'île-jardin de Fernando Póo. Ils sont majoritaires mais se sentent étrangers dans ce costume trop étriqué. Pour le retailler à leur goût, ils peuvent compter sur leur nouveau président que le pouvoir grise au point qu'il commence, en bon élève des méthodes franquistes, par faire emprisonner une partie de ses adversaires politiques. Puis intervient en février-mars 1969 une tentative de coup d'État montée par le ministre des Affaires étrangères, Atanasio Ndong, leader nationaliste d'une autre envergure que Macías Nguema, mais jugé trop pro-espagnol. L'affaire avorte. Elle entraîne le départ massif des Espagnols, ce qui décapite l'économie et l'essentiel des services. Le président en profite pour faire exécuter ses principaux opposants, réels ou imaginaires. Paranoïaque, il vit dans la menace du complot permanent. Pour remplacer les Espagnols, il fait appel à des techniciens de pays socialistes (Cuba, Chine, U.R.S.S., Corée du Nord, etc.). En 1970, tous les partis sont regroupés en un seul, obligatoire. En 1973, une nouvelle Constitution abolit l'autonomie de Fernando Póo, que le dictateur a fait rebaptiser à son nom. Les massacres d'hommes politiques s'étendent aux rares intellectuels et fonctionnaires non encore en exil. Ne subsistent plus, à l'état opérationnel, que la Guardia nacional (fang) et un corps paramilitaire de tueurs commandés par des officiers du clan du président. Des villages entiers du Río Muni sont rasés et leurs habitants massacrés. Sous l'emprise de drogues et de sorciers, Macías Nguema, bourreau de son peuple et victime de son psychisme déréglé, finit par interdire le culte catholique (1978) et commence même à s'en prendre à ses proches. Cette erreur lui sera fatale. Pour préserver son existence, sa famille, qui détient l'essentiel des postes de commandement, organise un putsch le 3 août 1979 avec à sa tête un de ses neveux, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, commandant de la Guardia nacional. Macías Nguema, abandonné de tous, est renversé, jugé, puis finalement exécuté pour génocide, le 29 septembre 1979.

Depuis lors, le colonel Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a quelque peu adouci les méthodes de son oncle ; il a proclamé une amnistie pour les exilés, mais il ne s'est pas débarrassé des tares de l'ancien régime : violations délibérées des droits de l'homme (tortures, procès truqués), autocratisme, tribalisme et népotisme forcenés en faveur du clan Esangui, corruption endémique, léthargie, incompétence et irresponsabilité. En août 1982, le colonel a été reconduit pour sept ans dans ses fonctions de chef de l'État par le Conseil militaire, et une nouvelle Constitution, prévoyant de rétablir le pouvoir civil (après une période de reconstruction de sept ans), a été approuvée. Le colonel (devenu général) a tout fait pour se maintenir au pouvoir (parti unique obligatoire, confusion de l'exécutif avec le législatif et le judiciaire, renforcement de son clan aux postes de commande, etc.). Nul ne s'est donc étonné de le voir réélu pour un nouveau septennat, sans opposition et à une majorité écrasante, en 1989. Ce n'est que sous les pressions internationales qu'il a consenti à faire modifier la Constitution en novembre 1991 et à promulguer, en janvier 1992, une loi instituant le multipartisme, tout en limitant l'accès aux mandats électoraux aux seuls Équato-Guinéens résidant dans le pays depuis plus de dix ans. Lâchant un peu de lest, il a accepté ensuite de reconnaître une poi [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Médias de l’article

Guinée équatoriale : carte physique

Guinée équatoriale : carte physique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Guinée équatoriale : drapeau

Guinée équatoriale : drapeau
Crédits : Encyclopædia Universalis France

drapeau

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

Classification

Autres références

«  GUINÉE ÉQUATORIALE  » est également traité dans :

MACÍAS NGUEMA FRANCISCO (1924-1979)

  • Écrit par 
  • René PELISSIER
  •  • 830 mots

« L'unique miracle que la Guinée équatoriale ait produit », selon les propres termes du dictateur qui avait donné cette modeste définition de sa personne, a terminé sa macabre carrière sous les balles d'un peloton d'exécution, le 29 septembre 1979, après avoir été renversé par son neveu, bras droit et successeur. Cette fin sanglante que lui prédisaient les observateurs et la quasi-totalité de son […] Lire la suite

MALABO

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 274 mots
  •  • 1 média

Capitale de la Guinée équatoriale, Malabo se situe sur la côte nord de l'île de Bioko (anc. Fernando Póo) au bord d'un volcan submergé. Fondé dans les années 1820 par des missionnaires protestants, Port Clarence servit de base aux Britanniques dans leur lutte contre la traite des Noirs. Rebaptisé Santa Isabel, le site fut ensuite la capitale de la Guinée espagnole, avant de devenir celle de la Gui […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

10 février 2020 France – Guinée équatoriale. Alourdissement de la peine visant Teodorin Obiang.

Dans l’affaire des « biens mal acquis », la cour d’appel de Paris condamne le vice-président de Guinée équatoriale Teodorin Obiang, fils du président Teodoro Obiang Nguema, à la même peine d’emprisonnement qu’en première instance, en octobre 2017, soit trois ans de prison avec sursis, mais ôte en revanche le bénéfice du sursis à l’amende de 30 millions d’euros. […] Lire la suite

7 février 2019 Suisse – Guinée équatoriale. Classement de la procédure suisse contre Teodorín Obiang.

Le Ministère public genevois classe la procédure pénale ouverte dans l’affaire des « biens mal acquis » contre Teodorin Obiang, le fils du président équatoguinéen Teodoro Obiang Nguema, après que celui-ci a accepté de réparer les dommages causés. Teodorin Obiang a été condamné en France en octobre 2017. Des instructions le visant sont en cours dans d’autres États. […] Lire la suite

12 novembre 2017 Guinée équatoriale. Élections législatives.

À l’issue des élections législatives, le Parti démocratique du président Teodoro Obiang, ancien parti unique, remporte 92 p. 100 des suffrages et conserve 99 sièges sur 100 à la Chambre des députés, ainsi que la totalité des 55 sièges soumis à l’élection au Sénat – 15 sénateurs sont en outre nommés. Le taux de participation est d’environ 84 p. 100. […] Lire la suite

27 octobre 2017 France – Guinée équatoriale. Condamnation de Teodorin Obiang dans l'affaire des « biens mal acquis ».

Le tribunal de grande instance de Paris condamne, en son absence, le vice-président de Guinée équatoriale Teodorin Obiang, fils du président Teodoro Obiang Nguema, à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende avec sursis pour blanchiment, abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption. Le parquet financier avait demandé des peines ferme. […] Lire la suite

8 mars 2017 France. Mise en examen de Wilfrid Nguesso dans l'affaire des « biens mal acquis ».

Wilfrid Nguesso est le premier membre de la famille présidentielle congolaise à être mis en examen dans ce dossier qui, outre le président du Congo, implique également les chefs d’État du Gabon et de Guinée équatoriale, ainsi que leurs proches. […] Lire la suite

Pour citer l’article

René PELISSIER, « GUINÉE ÉQUATORIALE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guinee-equatoriale/