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GROS, monnaie

Depuis la réforme monétaire carolingienne, alors que l'habitude s'était instaurée de compter par deniers, sous et livres, on ne frappait plus en réalité que des deniers. Pour répondre aux besoins de la renaissance économique du xiiie siècle et également afin d'unifier la monnaie du royaume et de supplanter la monnaie féodale, Saint Louis fit frapper en 1266 le « gros d'argent », ou sou d'argent.

Ce n'était pas une nouveauté : les matapans vénitiens avaient été frappés dès 1202, les sous florentins, peu avant 1237. Le mouvement est véritablement européen : vers le milieu du xiiie siècle, on trouve les aquilini grossi du Tyrol, les sous de Montpellier en 1273, les gros de Flandre vers 1275, les groats anglais vers 1279, les Groschen de Bohême en 1296.

Le gros tournois de Saint Louis valait 12 deniers tournois (soit 9,5 deniers parisis). Le sou tournois pesait 4,22 g d'argent, au titre de 23/24 d'argent fin, alors que la plupart des monnaies d'argent n'étaient titrées qu'à 10/24. Cela explique le succès de cette monnaie nouvelle.

Saint Louis avait voulu faire coïncider monnaie de compte et espèces monétaires. La qualité du gros ne tarda pas à faire hausser son cours : sous Philippe le Bel, il vaut 13, puis 15 deniers, au lieu de 12. Sous les successeurs de Philippe le Bel, alors que la monnaie est sans cesse remaniée, le gros tournois cède la place à des pièces dites gros ou gros blanc, dont on abaissera le titre autant de fois qu'il sera nécessaire pour les empêcher de s'élever en valeur de compte. Le résultat de cette pratique est l'encombrement du marché par une foule de mauvaises pièces et la hausse du gros tournois de Saint Louis, qui continue à circuler. Charles V s'efforça de restaurer le gros tournois, mais à la taille de 96 au marc au lieu de 58 ou 60, c'est-à-dire en consacrant la hausse considérable du prix de l'argent.

Abandonné sous Charles VI, repris à la fin du règne de Charles VII au cours de 30 deniers, le gros tournois devait disparaître au xvie siècle, remplacé par les testons, à l'effigie royale et contenant une qualité très supérieure d'argent.

— Jean DÉRENS

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Écrit par

  • : archiviste-paléographe, bibliothécaire à la bibliothèque historique de la Ville de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CAPÉTIENS (987-1498)

    • Écrit par Jacques LE GOFF
    • 8 060 mots
    ...moment qu'à Gênes, Florence et Venise et avant les autres États européens, la reprise de la frappe de l'or (écu de Saint Louis, 1263) et l'émission de gros d'argent. Les défrichements ont continué en beaucoup de régions et les rendements se sont élevés, notamment sur certains domaines bien gérés aux terres...
  • LIVRE TOURNOIS

    • Écrit par Dominique LACOUE-LABARTHE
    • 4 512 mots
    ...nombre d'unités de compte exprimant la valeur des biens échangés, c'est-à-dire les prix. L'unité de compte est dissociée des unités monétaires circulantes. Par exemple, le gros d'argent aux fleurs de lis créé par l'ordonnance du 5 décembre 1360, à la taille de 56 dans un marc de Paris, est émis au cours légal...
  • MONNAIE - Histoire de la monnaie

    • Écrit par Michel BRUGUIÈRE
    • 9 774 mots
    • 7 médias
    ...l'Europe, l'Italie, qu'elles apparurent d'abord : Venise (1202), Florence (1237), Lucques (1242), puis Gênes, Milan, Bologne, Sienne. En France, le «  gros tournoi » de Saint Louis, valant 12 deniers, apparut en 1266 ; il fut imité en Aragon, en Flandre, en Angleterre (1279) et en Bohême (1278)....
  • LOUIS IX ou SAINT LOUIS (1214-1270) roi de France (1226-1270)

    • Écrit par Jean FAVIER
    • 2 468 mots
    • 3 médias
    ...contraire de celle des barons, aurait cours dans tout le royaume. La réforme de la monnaie royale, avec la création d'une grosse monnaie d'argent, le «   gros tournois » valant douze deniers, assura le succès de l'entreprise. Le roi tenta même, de façon d'ailleurs prématurée, de réintroduire en France le...

Voir aussi