CARDUCCI GIOSUÈ (1835-1907)

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L'invention poétique

Il écrivit sa première pièce en vers, un sonnet à Dieu, en mai 1848, dans sa treizième année : sa dernière poésie est datée du 10 novembre 1902. Compte tenu de cette durée, la masse de sa production poétique n'est pas colossale ; elle tient dans les quatre premiers volumes de l'édition nationale de ses œuvres, qui en compte trente. L'essentiel en fut regroupé par Carducci lui-même en six séries : Juvenilia (1850-1860), Levia Gravia (1861-1871), Iambes et Épodes (1867-1879), Rimes nouvelles (1861-1887), Odes barbares (1877-1889), Rimes et Rythmes (1887-1899).

Souvent autobiographique, mais non « montreur », Carducci s'intéresse plus à l'homme public qu'il veut être qu'à son histoire intime. À peine l'entrevoit-on çà et là épris, ou tenté par l'amour, affligé par la mort d'un jeune fils, ressaisi à l'âge mûr par les souvenirs de son enfance. Les occasions de son lyrisme sont volontiers empruntées aux événements historiques, aux commémorations, aux anniversaires ; ce qui a conduit certains à prétendre, un peu vite, qu'admirateur de Métastase il était resté à divers égards un nostalgique de l'« Arcadia ». Car il est rare que l'occasion demeure pour lui un prétexte initial. Elle dicte au poème son ton, sa structure, fait naître parfois tout un colloque avec les lieux et les hommes. Ainsi dans la célèbre ode « barbare (ce terme désignant une versification non rimée fondée sur la métrique grecque et latine) Aux sources du Clitumne, Carducci n'est pas seulement un homme de l'Italie nouvelle cherchant une tradition nationale interrompue au bord d'une source qui fut jadis vénérée. Il dialogue sa quête à chaque démarche, invoquant la rivière, saluant l'Ombrie, invectivant contre le « romantique » saule pleureur, appelant l'yeuse et le cyprès, revenant au fleuve pour l'interroger, montrant le dieu « indigète » qui mobilisait les énergies romaines contre Annibal, s'adressant enfin à l'Italie, « la mère Italie ».

Les occasions le plus souvent saisies par l'invention poétique de Carducci sont celles que lui offrait l'actualité politique et littéraire. Tout le sixième livre des Juvenilia, presque toute la seconde partie des Levia Gravia, et les Iambes et Épodes à l'exception d'une seule pièce, ont leur point de départ dans les circonstances politiques des années 1859-1879. C'est par les chemins de l'actualité, non moins que par les suggestions de sa culture de professeur, que le poète s'est approché des grandes perspectives de l'histoire : évocations de l'antique Rome tournant à la confusion du présent, opposition de la France jacobine aux « petits-fils de Voltaire » servant de « suisses à Saint-Pierre », thème de la « Némésis historique », c'est-à-dire de la vengeance exercée tôt ou tard par l'histoire sur les descendants de ceux qui ont perpétré des crimes contre la liberté des peuples, les Capétiens, les Bonaparte, les Habsbourg. Au lieu que l'Italie du xiiie au xvie siècle, mine inépuisable pour les écrivains patriotes de la génération romantique, tient une place modeste dans la poésie de Carducci.

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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Pour citer l’article

Paul RENUCCI, « CARDUCCI GIOSUÈ - (1835-1907) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giosue-carducci/