DIMITROV GEORGI (1882-1949)

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Ouvrier typographe, Georges Dimitrov milite très jeune au sein du mouvement syndical et adhère à vingt ans au Parti social-démocrate bulgare. Un an plus tard, il participe à la fondation du Parti social-démocrate « étroit », qui adopte les idées léninistes en matière d'organisation et rejette en bloc la stratégie réformiste. À partir de 1909, il siège au comité central de ce parti, tout en étant secrétaire des syndicats bulgares. À ce dernier titre, il contribue à construire l'Internationale des syndicats et se fait le promoteur d'une fédération socialiste balkanique. Il s'élève contre la guerre en 1914. Député depuis 1913, il est emprisonné pour trois ans en 1918 pour « incitation des militaires à la désobéissance ». Amnistié en 1919, il fonde avec Kabakčiev et Kolarov le Parti communiste bulgare ; il retrouve alors ses fonctions dans les syndicats et à la Chambre, où il dirige le groupe communiste. En juin 1923, le P.C. bulgare assiste l'arme au pied à la liquidation des populistes agrariens ; ceux-ci avaient, en accord avec une partie des communistes bulgares, établi une dictature paysanne qui limitait notamment la propriété foncière à 30 hectares ; leur chef, Alexandre Stambolijski, est assassiné. En septembre de la même année, Dimitrov organise le soulèvement des communistes. Condamné à mort, il doit s'enfuir et ne doit son salut qu'à la mansuétude de ses hôtes sociaux-démocrates yougoslaves et autrichiens qu'il a tant attaqués jusqu'alors. Désormais, son activité est triple : direction étrangère du P.C. bulgare, animation de la Fédération communiste des Balkans (et du journal frontiste La Fédération balkanique) et rôle de responsable en Europe centrale pour l'Internationale communiste et l'Internationale des syndicats rouges (I.S.R.). Bien qu'il suive Moscou dans tous ses tournants, il prône en fait une ligne d'ouverture envers le populisme agrarien et la gauche social-démocrate.

Cela le mène à lutter contre les tendances sectaires et terroristes alors dominantes dans le P.C. bulgare. La répression le chasse d'Autriche en Allemagne, où il est inculpé le 3 mars 1933 pour l'incendie du Reichstag à Berlin alors qu'il se trouvait à Munich. De septembre à décembre, il est jugé à Leipzig avec deux camarades bulgares et le Néerlandais Van der Lubbe. Une formidable campagne de solidarité qui dépasse les milieux communistes se développe alors en sa faveur. Son attitude de défi face à Hitler lors du procès fait de lui un symbole d'antinazisme dans le monde entier. En février 1934, libéré faute de preuves, il reçoit la citoyenneté soviétique et peut ainsi se réfugier en U.R.S.S. En août 1935, il prononce le rapport central au VIIe congrès de l'Internationale communiste. Ce rapport est une bombe : s'inspirant du Front populaire français alors en voie de constitution et de l'accord Laval-Staline, il préconise une large alliance des forces socialistes et démocratiques pour la défense de l'indépendance et de la démocratie face aux fascismes. Il devient secrétaire général de l'Internationale, poste qu'il conserve jusqu'à la dissolution de celle-ci en 1943. Député au Soviet suprême, il suit Staline lors du rapprochement avec Hitler et s'oppose en 1940 à toute participation à la guerre interimpérialiste.

En décembre 1941, il opère un nouveau tournant vers le Front national antinazi. Il laisse pourtant le parti bulgare s'enliser dans une politique suiviste vis-à-vis des officiers patriotes et annexionniste en ce qui concerne la Macédoine dont il est originaire. Il n'appelle à l'insurrection qu'à l'approche des troupes soviétiques, le 9 septembre 1944. Chef de la section étrangère du Parti communiste, il est retenu à Moscou jusqu'en novembre 1946. Redevenu député, il donne le signal en juillet 1946 de la liquidation de la monarchie. Quatre mois plus tard, chef incontesté du nouvel État, il est élu Premier ministre, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort. Il est alors très favorable à une fédération de tous les États balkaniques, ce qui attire sur lui en janvier 1948 les foudres de Staline. Il ne participe pas à la réunion de fondation du Kominform en septembre 1947 et ne peut éviter la rupture avec la Yougoslavie. Son maintien au pouvoir et l'aide diplomatique et économique du camp soviétique sont obtenus au prix de son renoncement public à tout [...]

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Écrit par :

  • : docteur de troisième cycle, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, diplômé de l'École nationale des langues orientales, chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Vladimir Claude FISERA, « DIMITROV GEORGI - (1882-1949) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georgi-dimitrov/