MOSSE GEORGE (1918-1999)

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La vie de George Mosse est étroitement liée à la catastrophe allemande du premier xxe siècle. Issu d'une famille de la grande bourgeoisie juive berlinoise, il n'a d'autre choix que l'exil à l'arrivée de Hitler au pouvoir, le 30 janvier 1933. Le jeune homme vit d'abord en Suisse, puis à Paris, avant d'être accueilli comme pensionnaire à Bootham School, à York, où il poursuit de 1934 à 1937 sa scolarité. En octobre 1937, il entreprend ses études d'histoire à Cambridge, où il fait son apprentissage politique à travers le soutien aux républicains espagnols. À l'approche de la guerre, sa famille quitte l'Europe pour les États-Unis. Diplômé de Haverford College (Pennsylvanie), puis docteur de l'université Harvard en 1946, George Mosse enseigne d'abord à l'université d'Iowa de 1944 à 1955, puis, comme professeur associé, à l'université de Wisconsin-Madison où il devient, en 1965, titulaire d'une chaire d'histoire qu'il occupera jusqu'à sa retraite, en 1988. Bien qu'antimarxiste, il joua un rôle important dans le mouvement étudiant américain des années 1960. George Mosse était un très grand enseignant, exerçant sur ses auditoires une impression profonde.

À l'origine, George Mosse est un historien du phénomène religieux au xvie siècle (The Holy Pretence : a Study in Christianity and Reason of State from William Perkins to John Winthrop, Basil Blackwell, Oxford, 1957). Un tournant se produit avec la publication, en 1961, de son premier ouvrage d'histoire contemporaine (The Culture of Western Europe : the Nineteenth and Twentieth Centuries. An introduction, John Murray, Londres). Le suivant (The Crisis of German Ideology : Intellectual Origins of the Third Reich, The Universal Library, Grosset & Dunlap, New York, 1964) sera délibérément centré sur ce qui deviendra, désormais, le vrai sujet de George Mosse : l'Allemagne, le nazisme, le racisme et l'antisémitisme. Tous ses autres ouvrages y auront trait, de près ou de loin, et en particulier Nazi Culture : Intellectual, Cultural and Social Life in the Third Reich, W. H. Allen, Londres, 1966 ; The Nationalization of the Masses : Political Symbolism and Mass Movements in Germany from the Napoleonic Wars through the Third Reich, Cornell University Press, Ithaca et Londres, 1975 ; Towards the Final Solution : a History of European Racism, Howard Fertig, New York, 1978 ; Masses and Man. Nationalist and Fascist Perceptions of Reality, Wayne State University Press, Detroit, 1980, rééd. 1987. Leur publication s'étale sur près d'une quarantaine d'années d'une exceptionnelle fécondité.

George Mosse effectue à travers eux un tournant définitif vers l'histoire culturelle. Son hostilité à toute victimisation personnelle et son absence d'inhibition face à son objet d'étude sont caractéristiques de sa démarche : il voulait se situer dans « l'œil » des fascismes afin de les mieux saisir. Dans cette optique, il développa le concept de « religion civile », invitant à une « histoire religieuse du politique ». Il introduisit également la notion de « brutalisation » afin de rendre compte des conséquences politiques de la Première Guerre mondiale. Au total, le legs de George Mosse à l'histoire du nationalisme européen, à l'histoire de l'Allemagne, à celle du totalitarisme, est immense. Pour autant, son œuvre est restée très largement méconnue en France.

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Stéphane AUDOIN-ROUZEAU, « MOSSE GEORGE - (1918-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/georges-mosse/