OROZCO GABRIEL (1962- )

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En septembre 1993, Gabriel Orozco, jeune artiste de trente et un ans, présentait sa première exposition personnelle aux États-Unis, au musée d'Art moderne de New York. En guise de présentation, l'opuscule accompagnant l'exposition définissait d'emblée Orozco comme « un artiste pleinement mexicain qui défie largement les notions conventionnelles sur l'art mexicain ». Certes, Gabriel Orozco, né à Jalapa au Mexique en 1962, est le fils de Mario Orozco Riviera, peintre muraliste qui fut l'élève de Siqueiros, l'un des plus célèbres représentants de cette école mexicaine. Toutefois, selon l'image qu'en donnait récemment le critique d'art Francesco Bonami, Orozco « revendique son identité mexicaine sans pour autant porter un sombrero culturel ». Déjà, durant sa formation « très classique » à l'École nationale des arts plastiques de Mexico, l'art de son pays connaît une vague de « néo-mexicanisme » contre laquelle il réagit avec d'autres artistes sud-américains : « Nous trouvions les Mexicains trop arrogants. C'est un pays très fier de sa culture. » Mais, précise-t-il, « ce problème a aussi un rapport avec la tendance des Américains du Nord à généraliser, à toujours penser aux pays du Sud en termes d'exotisme, et de s'attendre à un art qui reflète cela ». Clairement, sa démarche renvoie dos à dos ces deux ethnocentrismes culturels dominants.

Dès 1986, son diplôme en poche, Orozco se détache de sa formation académique. Une année durant, il fréquente une école espagnole où règne encore l'esprit libertaire de Fluxus prompt à se jouer de la séparation traditionnelle entre l'art et le « reste ». Stimulée par les démarches de Robert Smithson ou de Vito Acconci et par la musique de John Cage, la réflexion d'Orozco se distingue du médiatique « retour à la peinture ». Sa sensibilité le conduit, en passant par hasard devant un atelier de menuiserie de Madrid, à réaliser ce qu'il appelle désormais sa première œuvre. « ... J'ai commencé à jouer dans la rue avec des chutes de bois, à les déplacer, raconte-t-il. Il pleuvait, elles étaient mouillées, c'était très étrange. J'ai fait des assemblages, des puzzles, puis j'ai pris des photos... ». Depuis lors, l'art d'Orozco se fonde sur de constants déplacements, parfois ténus, et lui-même se dépeint d'abord en nomade ou, préférant un terme moins séduisant, en « immigré » de l'art : « Ce qui est certain, dit-il, c'est que je n'ai pas d'atelier ; je travaille là où je vis [...]. » Cette émancipation fondatrice rappelle sans doute les œuvres in situ ou les marches dans la nature florissantes à la fin des années 1960 avec Daniel Buren ou Richard Long, entre autres. Mais, alors qu'il se méfie de références historiques aussi prestigieuses qu'embarrassantes, c'est aux pérégrinations un peu oubliées d'André Cadere (1934-1978) avec ses « barres de bois ronds » qu'Orozco renvoie plus volontiers. En ce sens, la Piedra que cede (Pierre malléable) d'Orozco – amalgame de poussière et d'huile atteignant son propre poids qu'il fit rouler dans différentes villes en 1992 – s'apparente, ainsi que le notait Jean-Pierre Criqui, à un véritable autoportrait. Comme cette pierre qui se laisse marquer par la surface qu'elle sillonne, l'artiste réagit à l'espace (physique, culturel, social) qu'il rencontre. Lors de sa première exposition parisienne, à la galerie Chantal Crousel, en 1993, Orozco réalise ainsi La D.S. à partir d'une épave de cette automobile emblématique de la France des années 1960. La voiture fut méticuleusement découpée dans le sens de la longueur en trois parts égales et la section centrale évincée. Les deux parties latérales ressoudées, l'aérodynamisme du design et l'aura du véhicule métamorphosé, en une sorte de déesse hiératique, sont simultanément amplifiés. L'objet désormais unique et à son tour mythique parcourt le monde de l'art et s'ouvre à chaque visiteur qui le (ou la) désire – car, « la raison pour laquelle vous aimez la D.S. a quelque chose de très sexuel. C'est pour cela qu'un objet vous attire, que vous voulez le posséder, que vous établissez une relation avec lui ». Si la spécificité du pays, ou de la ville même où est conçue l'œuvre est souvent déterminante, elle ne s'y réduit donc pas.

La DS, G. Orozco

Photographie : La DS, G. Orozco

Après les compressions de César, Orozco propose une approche toute différente de l'objet fait sculpture. Celui-ci n'est pas broyé, mais plutôt transformé dans sa structure par l'intervention de l'artiste. Gabriel Orozco, La DS, 1993, voiture Citroën DS 19 de 1970 reprofilée. Fonds... 

Crédits : Florian Kleinefenn, avec l'aimable autorisation de la galerie Chantal Crousel, Paris

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De même, l'œuvre d'Orozco ne se résout à aucun média spécifiq [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Brown, Rhode Island (États-Unis)

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SCULPTURE CONTEMPORAINE

  • Écrit par 
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Pour citer l’article

Hervé VANEL, « OROZCO GABRIEL (1962- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gabriel-orozco/