LUGARD FREDERICK (1858-1945)

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Administrateur colonial britannique né le 22 janvier 1858 à fort Saint-George, Madras (auj. Chennai, Inde), mort le 11 avril 1945 à Abinger, Surrey (Angleterre).

Né en Inde de parents missionnaires, Frederick John Dealtry Lugard reçoit une éducation militaire en Angleterre et rejoint le régiment de Norfolk. Affecté en Inde, il participe à plusieurs campagnes durant l'expansion de l'Empire britannique des années 1880. Officier à la carrière prometteuse, il suit l'explorateur David Livingstone en Afrique de l'Est pour oublier ses déboires sentimentaux. En 1888, Lugard est sérieusement blessé lors d'un accrochage avec des marchands d'esclaves arabes, près du lac Nyassa (auj. Malawi), mais il a trouvé sa vocation, au service de l'Afrique et de la Grande-Bretagne.

Lugard est alors recruté par l'Imperial British East Africa Company, une société qui joue un rôle précurseur dans le processus d'annexion à l'empire. Il quitte le siège de l'entreprise, à Mombasa, en août 1890, à la tête d'une caravane qui parcourt en cinq mois près de 1 300 kilomètres de pistes avant de parvenir au royaume du Bouganda. Il arrive en plein conflit, animistes, musulmans et néophytes catholiques et protestants s'opposant au kabaka, roi du Bouganda. En 18 mois, Lugard restaure la paix et obtient l'allégeance du kabaka. Apprenant que la société s'apprête à renoncer en raison des sommes dépensées, Lugard rentre en Angleterre pour défendre la position prise dans cette région africaine.

En 1894-1895, il accepte une autre mission périlleuse pour la Royal Niger Company visant à prendre les Français de vitesse dans l'exploration du moyen Niger afin d'y conclure des traités. Ayant accompli sa tâche malgré de nombreuses difficultés, il part faire de la prospection de diamants dans le protectorat du Bechuanaland pour le compte d'une société privée, British West Charterland Company. Joseph Chamberlain, ministre des Colonies britannique, le charge alors de créer un régiment africain à commandement britannique pour tenter à nouveau de repousser les Français, qui s'opposent alors aux Britanniques dans les terres situées entre le Niger et le Nil. Ces troupes noires prendront ensuite le nom de West African Frontier Force. Fort de son succès dans cette entreprise difficile, Lugard est nommé haut-commissaire du Nigeria du Nord en 1900, poste qu'il occupera jusqu'en 1906.

Cette vaste région d'environ 800 000 kilomètres carrés est en grande partie inoccupée, voire inexplorée par les Européens. Les cités-États musulmanes fortifiées implantées dans le nord de cette zone, en quête d'esclaves, pillent les territoires des tribus animistes qui vivent dans le Sud. En trois ans, Lugard, qui s'empare rapidement de Kano et de Sokoto, établit l'autorité britannique par la diplomatie et l'usage de la force. Son succès n'est entaché que par deux grandes révoltes locales. Lugard instaure dans la région une administration indirecte (indirect rule), qui assoit le pouvoir colonial sur les autorités traditionnelles locales. Cette politique fondée sur la coopération, nécessitant peu de personnel et de dépenses, sera étendue au reste de l'Empire britannique, en Afrique et au-delà.

Sa femme ne supportant pas le climat africain, Lugard accepte le poste de gouverneur de Hong Kong (1907-1912) qui lui est proposé. Il y obtient un succès surprenant et, de sa propre initiative, fonde l'université de Hong Kong.

Lugard ne peut cependant résister à l'offre qui lui est faite en 1912 de réunir les deux parties du Nigeria pour former un vaste État. Nommé gouverneur-général du Nigeria (1912-1919), il ne parvient pas à unifier complètement l'administration du Nord et du Sud, qui conservent des coutumes différentes. En 1918, il affronte une grave révolte dans la grande cité-État d'Abeokuta. Il a également des difficultés à étendre l'indirect rule aux tribus du Sud-Est, notamment celle des Ibo, faute de véritables chefs locaux. Pendant la Première Guerre mondiale, son travail est freiné par l'interruption des communications, les pénuries de personnel et les combats contre les Allemands du Cameroun le long de la [...]

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Écrit par :

  • : ancien maître de conférences en administration coloniale à l'université d'Oxford

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  • Daniel C. BACH
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Pour citer l’article

Margery PERHAM, « LUGARD FREDERICK - (1858-1945) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederick-lugard/