WEDEKIND FRANK (1864-1918)

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Dans l'Allemagne de son temps, Frank Wedekind a fait figure de provocateur, toujours prêt à violer les conventions esthétiques et morales de l'ère wilhelminienne. S'il fut en butte à la censure de son vivant, la consécration officielle lui est venue au lendemain de sa mort, sous la jeune République de Weimar, lorsque la génération expressionniste l'a adopté comme un précurseur. En France, Wedekind n'a longtemps été connu que par deux titres vedettes, L'Éveil du printemps et Lulu. Si le film de G. W. Pabst et l'opéra d'Alban Berg ont contribué à populariser cette dernière pièce, la récente traduction du Théâtre complet en 7 volumes, qui comprend 22 pièces achevées, révèle toutes les dimensions d'une œuvre inventive et pénétrante. On souscrira volontiers au jugement de Heinrich Mann, selon qui Wedekind ne fut pas seulement un poète bohème et un briseur de tabous, mais aussi un « pionnier en littérature de la carrure de Flaubert au seuil de l'époque moderne ». À cet hommage mérite d'être joint celui de Bertolt Brecht qui apparente Wedekind « aux grands éducateurs de la nouvelle Europe », aux côtés de Tolstoï et de Strindberg, étant bien entendu que « sa plus grande œuvre fut sa personnalité ». Non que Wedekind prétende livrer de lui une statue goethéenne. Il s'agit bien plutôt à ses yeux d'expérimenter en tous sens, à travers ses nombreux doubles théâtraux, les chances qui subsistent d'un libre épanouissement de l'individu, dans une société bourgeoise où l'argent corrupteur, la recherche du pouvoir, le cynisme sont de plus en plus présents – peut-être sur un fond d'ennui, menace plus grave encore, liée à l'uniformisation industrielle.

Les années de formation

Frank Wedekind est né à Hanovre en 1864, d'une mère chanteuse et d'un père médecin. Après avoir participé à la révolution de 1848 et au « printemps des peuples », ce père, qui se situe dans l'opposition démocratique à Bismarck et à sa politique de la Grande Prusse, s'exile définitivement en Suisse avec sa famille en 1872. La constellation familiale n'est pas négative pour le jeune Wedekind, pas plus que sa vie scolaire dans le canton d'Argovie. Ses lettres témoignent d'un intérêt précoce pour les problèmes éthiques, traités sans moralisme réducteur. Lycéen, Wedekind se passionne pour la littérature, se familiarise avec le pessimisme philosophique, découvre chez Nietzsche les ressources de la force vitale. En même temps, ses premiers poèmes, dans la filiation d'un Heinrich Heine, montrent une tendance à la brisure ironique du sentiment, tendance que confirmera ultérieurement la grande anthologie baptisée Les Quatre Saisons. Après des études assez fantaisistes, un emploi chez Maggi au bureau de la réclame et des collaborations avec divers organes de presse, Wedekind se consacre à l'écriture en auteur indépendant, l'héritage de son père l'ayant mis provisoirement à l'abri des soucis matériels. En 1896, il rencontre une jeune actrice qui vient de divorcer de son premier mari, August Strindberg. Il l'épousera en 1906.

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Pour citer l’article

Philippe IVERNEL, « WEDEKIND FRANK - (1864-1918) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frank-wedekind/