MADERO FRANCISCO (1873-1913)

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Né le 30 octobre 1873 à Parras de la Fuente (État de Coahuila) dans le nord du Mexique, Francisco Madero est issu d'une influente famille créole aux lointaines racines portugaises, qui s'est enrichie dans des secteurs aussi divers que l'agriculture, la banque, les mines ou le commerce du vin. Comme la plupart des fils de l'élite mexicaine à la fin du xixe siècle, Madero reçoit une partie de son éducation à l'étranger, notamment à Paris, puis aux États-Unis où il fréquente l'université de Berkeley. Précocement acquis aux idéaux de la démocratie et des libertés politiques, il se montre sensible aux injustices dont il est témoin dans son pays natal, soumis depuis 1876 à la dictature du général Porfirio Díaz. Dès 1903, il s'insurge contre la sanglante répression d'une manifestation à Monterrey par le général Bernardo Reyes, gouverneur de l'État du Nuevo León et possible successeur de Díaz. Deux ans plus tard, à l'occasion d'élections locales, il se déclare ouvertement opposé au vieux dictateur qui vient de porter la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans.

C'est en 1908 que commence réellement la carrière politique de Madero, lorsqu'il publie un livre, La Succession présidentielle en 1910, dans lequel il brosse un tableau politique du Mexique contemporain. Si le ton demeure respectueux à l'égard de Díaz, l'auteur n'en appelle pas moins à l'organisation d'élections réellement démocratiques, au cours desquelles l'opposition pourrait enfin avoir voix au chapitre. L'ouvrage suscite un immense intérêt chez tous ceux qui sont las du « Porfiriat » ; aux paysans analphabètes des haciendas, il est lu à haute voix par les contremaîtres qui redécouvrent la politique ; très vite, il devient l'étendard du camp

« antiréélectionniste ». S'appuyant sur le slogan « Suffrage respecté, pas de réélection ! », Madero sillonne le pays, propage l'idée d'une régénération nationale, fonde une multitude de clubs et devient en l'espace de quelques mois le leader naturel de l'opposition à Díaz. Un peu tard sans doute, celui-ci s'alarme de ce mouvement d'opinion et fait emprisonner Madero, le 6 juin 1910, pour incitation à la rébellion, alors que les élections sont prévues pour juillet. Tandis que don Porfirio célèbre avec faste sa septième réélection, Madero parvient, en octobre, à fuir aux États-Unis, d'où il lance un appel à l'insurrection générale connu sous le nom de « Plan de San Luis Potosi » : il y dénonce la tyrannie et les élections truquées, revendique la présidence provisoire et appelle ses compatriotes à prendre les armes. Prévu pour le 20 novembre 1910, le soulèvement échoue, mais la révolution mexicaine, déjà, est en marche.

Après plusieurs mois de troubles, une armée révolutionnaire scelle le destin du régime de Díaz lors de la prise de Ciudad Juárez, en mai 1911. Diminué par la maladie, le dictateur renonce au pouvoir et s'exile à Paris, tandis que Madero entre triomphalement dans Mexico le 7 juin 1911. Il est élu président en octobre avec 90 p.100 des suffrages, lors d'un scrutin que l'on considère souvent comme le plus honnête qu'ait connu le Mexique contemporain. Toutefois, il se trouve rapidement confronté à de nombreuses difficultés : outre le fait qu'il constitue un obstacle aux ambitions personnelles des uns et des autres, il privilégie les réformes politiques au lieu de répondre aux aspirations du peuple, en attente de profondes mesures sociales et notamment d'un plan de redistribution des terres. Après l'insurrection d'Emiliano Zapata dans le Morelos en novembre 1911, une armée menée par Pascual Orozco se soulève à son tour en mars 1912. Madero recourt aux services du général Huerta, qui inflige une série de défaites à l'armée d'Orozco, mais rompt bientôt avec Madero qu'il souhaite désormais éliminer. Le 9 février 1913 éclate une nouvelle rébellion, dirigée par le neveu de Díaz et soutenue par Huerta, lui-même très proche de l'ambassadeur américain au Mexique, Henry Lane Wilson. Défait militairement, Madero propose sa place à Huerta, qui le fait arrêter le 18 février et tuer quatre jours plus tard. La fin précoce et tragique du « nain à la voix de fausset », comme le surnommaient certains de ses ennemis, inaugure plusieurs années d'instabilité et de guerres au Mexique, et peut-être aussi la « vraie révolution » que le peuple appelait de ses vœux. Mais aussi négatif le bilan des seize mois de présidence de Madero puisse-t-il paraître, il n'empêche que l'auteur de La Succession présidentielle est aujourd'hui honoré dans le Panthéon national en tant que fossoyeur du Porfiriat, aux côtés des héros de l'indépendance que sont Juárez et Hidalgo.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire contemporaine, université Sorbonne nouvelle, Institut des hautes études de l'Amérique latine

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Pour citer l’article

Olivier COMPAGNON, « MADERO FRANCISCO - (1873-1913) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francisco-madero/